23 janvier 2015

Tout s’explique

L'Arabie Saoudite après la mort du roi Abdallah

Qu'a-t-il accompli pendant son règne ?

Mort la nuit dernière à l'âge de 91 ans, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a d'abord été considéré comme un monarque ouvert, avant de renouer avec l'orthodoxie à l'occasion des printemps arabes. Il régnait depuis 2005 et avait déjà auparavant un rôle majeur dans la conduite des affaires du pays. Vu comme un réformateur, il a fait adopter quelques changements : droit de vote des femmes aux élections municipales (les seules organisées dans le pays), dialogue national étendu à la minorité chiite, lutte contre la corruption… Après le 11 septembre 2001, il propose une normalisation globale du monde arabe avec Israël, pour laver l'image de son pays entachée par Oussama Ben Laden, Saoudien de naissance. Puis il soutient jusqu'au bout Moubarak et Ben Ali, tout en appuyant la violente répression du soulèvement à Bahreïn.

À quoi ressemble la société saoudienne ?

Malgré son rayonnement international, le régime de Riyad reste marqué par l'orthodoxie. La participation publique des femmes est restreinte : le port du voile par dessus leurs vêtements est obligatoire et elles n'ont pas le droit de conduire (seul cas dans les pays du Golfe). À chaque arrestation, leurs pères ou leurs maris sont appelés pour venir les chercher au poste de police. Le royaume restreint durement la liberté d'expression : le blogueur Raif Badawi a été condamné fin 2014 à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour "insulte à l'Islam". Appliquant une interprétation sévère de la charia, l'Arabie Saoudite pratique aussi la lapidation (même si elle est de plus en plus rare).

Qui est son successeur ?

Malgré son âge, 79 ans, le prince héritier Salman fait figure de jeune dans une famille royale vieillissante. Car c'est une des particularités de ce régime : une fois le monarque décédé, la règle prévoit la transmission aux frères du roi, avant le passage à la prochaine génération. Cette loi met donc en place une gérontocratie, pouvant être un frein à la modernisation du pays. Salman est considéré comme un modéré habile qui a perçu les attentes des religieux conservateurs, mais également d'une population de plus en plus jeune. Sa santé précaire lui laisse néanmoins peu de marges. Parmi ses premiers objectifs : gérer la crise pétrolière et contenir l'influence de l'Iran, le rival régional de l'Arabie Saoudite.