26 janvier 2015

Tout s’explique

​Les conséquences de la victoire de la gauche radicale en Grèce

Qu'est-ce que Syriza veut obtenir des créanciers du pays ?

Le parti de gauche radicale Syriza a remporté dimanche les élections législatives en Grèce. Ratant de peu la majorité absolue au parlement, il gouvernera probablement avec les Grecs indépendants, un petit parti de droite souverainiste qui a annoncé son soutien ce matin. Sitôt le résultat connu, Alexis Tsipras, le chef de Syriza, a annoncé son intention de négocier avec les créanciers du pays "une nouvelle solution viable, durable qui bénéficie à tous". Il mise sur un allongement de la durée des prêts et sur l'effacement d'une partie de la dette. Cette seconde option est politiquement explosive. L'Espagne, le Portugal, l'Irlande ou Chypre pourraient demander à leur tour une ristourne sur leurs plans d'aide. La Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international ont indiqué qu'ils ne participeraient à aucune réduction de la dette. Les États européens (qui en détiennent la plus grosse part) et les créanciers privés ne se sont pas encore prononcés sur les marges de négociation possibles.

Y a-t-il des précédents historiques ?

Certains comme Daniel Cohn-Bendit ou l'économiste Thomas Piketty rappellent le geste dont a bénéficié l'Allemagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Afin d'éviter de reproduire le "diktat" du Traité de Versailles de 1918, les Alliés avaient consenti en 1953 à une considérable réduction de dette, afin de ménager ce nouvel allié de l'Ouest face à la menace communiste. Plus récemment, l'Argentine a bénéficié d'une restructuration massive en 2004 ; certains investisseurs ont perdu jusqu'à 75% de leur investissement initial. En 2012, la Grèce avait déjà bénéficié d'une restructuration conduisant à l'effacement de la moitié de la dette des créanciers privés.

Quelles sont les prochaines étapes pour Syriza ?

Syriza ne prône pas la sortie de la Grèce de la zone euro, mais ce scénario pourrait ressurgir si le pays est délaissé par les investisseurs, comme peut le laisser craindre une partie du programme de Syriza : abandon des réformes imposées par les créanciers pour une politique de relance et effacement partiel de la dette. Tout dépendra donc du résultat des négociations entre la Grèce et ses créanciers. Pour tenter de rassurer sur ses intentions, Alexis Tsipras a rencontré des investisseurs internationaux avant son élection. Et il pourrait bénéficier d'un soutien inattendu : le conservateur Jean-Claude Juncker, arrivé à la tête de la Commission européenne grâce au soutien des sociaux-démocrates, est attendu sur cette question.