30 janvier 2015

Tout s’explique

​L'Argentine ébranlée par l'affaire Nisman

Qui était Alberto Nisman ?

L'Argentine est secouée par une crise politique à la suite du décès du magistrat Alberto Nisman, retrouvé mort chez lui, dimanche 18 janvier, une balle dans la tête et un pistolet à ses côtés. Un assassinat politique, pour des milliers d'Argentins, qui défilaient le lendemain pour réclamer la vérité. Alberto Nisman enquêtait sur le dossier hypersensible de l'attentat contre un centre culturel juif à Buenos Aires en 1994. Il soupçonnait l'Iran d'avoir commandité cette attaque responsable de la mort de 85 personnes, et accusait la présidente Cristina Kirchner d'avoir cherché à entraver son enquête. Il devait présenter ses accusations devant le Parlement argentin le lendemain.

Que reprochait-il à la présidente Cristina Kirchner ?

Quatre jours avant son décès, Alberto Nisman avait accusé la présidente de lui faire obstacle pour ne pas mettre en péril les relations diplomatiques et surtout commerciales entre Buenos Aires et Téhéran. Le pouvoir avait selon lui négocié en 2013 l'immunité de l'Iran contre la livraison de pétrole à bas prix. Le procureur disait détenir des enregistrements d'écoutes téléphoniques prouvant que, via un pacte secret, l'Argentine s'était engagée à protéger les dignitaires iraniens mis en cause dans l'attentat de 1994. Le gouvernement a démenti, dénonçant une manœuvre de déstabilisation neuf mois avant la présidentielle.

Pourquoi les Argentins ne croient pas à la thèse du suicide ?

Coutumiers des morts suspectes liées à des affaires impliquant le pouvoir ces dernières années, les Argentins sont, selon un sondage, 70 % à croire que le décès d'Alberto Nisman ne sera pas élucidé. L'autopsie a conclu au suicide, mais aucune trace de poudre n'a été retrouvée sur les mains du procureur. Plusieurs témoignages de ses proches laissent penser que Nisman se savait en danger, mais était déterminé à aller au bout de son enquête. Même Cristina Kirchner, après avoir soutenu la thèse du suicide, s'est ravisée pour dénoncer un complot d'agents des services secrets argentins. La présidente a dissous lundi le principal service de renseignement du pays.