5 février 2015

C’est leur avis

​"Ne plus casser les pieds au reste de l'Europe"

Alors que la BCE annonçait hier soir sa décision d'arrêter l'un de ses dispositifs de soutien aux banques grecques, le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis se déplaçait en Allemagne. Sa rencontre aujourd'hui avec son homologue Wolfgang Schäuble n'a rien donné. Notre collaborateur allemand Tom Schneider l'a rencontré hier pour la chaîne de télévision ARD, à l'issue de son entretien avec Mario Draghi, le président de la BCE. Yanis Varoufakis s'exprime dans un anglais parfait, il utilise "un langage littéraire avec plein de jeux de mots et d'allusions", nous précise Tom Schneider. Et il garde son sens de l'humour. D'autres extraits de l'entretien sont à retrouver sur le site de Brief.me.

"Nous sommes tout simplement le premier domino à être tombé, mais nous ne sommes pas responsables de cet effet de dominos. Nous devrions tous pousser dans le même sens en considérant ce qui se passe comme une crise systémique qui devrait être traitée de manière systématique. Au lieu de nous montrer du doigt les uns les autres, il est essentiel de penser de manière européenne, de se mettre autour de la table pour reconstruire les instruments de notre politique commune.

Je voyage d'une capitale européenne à l'autre. Ma question à mes interlocuteurs est très simple : allez-vous nous aider pour réformer ce pays ? En fait, nous sommes un gouvernement sans expérience. Ce qui joue à notre faveur, c'est qu'on n'est pas corrompu, au moins pas pour l'instant ! Et nous avons cette opportunité. La question est donc : est-ce que l'Europe va nous aider ? Ou bien, continuera-t-elle à nous torturer en nous mettant la tête sous l'eau ? Cela est un débat social que nous devons résoudre avec nos amis européens. Nous devons les convaincre de notre détermination, et eux, ils doivent accorder à la Grèce la possibilité de s'investir dans cette Europe, une Europe qui partage la prospérité au lieu de partager l'austérité.

On nous fait passer pour un parti populiste et anti-européen. Cela n'a rien à voir avec la réalité. En effet, on n'est pas populiste dans le sens où nous n'avons pas promis tout à tout le monde. Nous sommes très prudents quand nous parlons de cette crise humanitaire qui frappe la Grèce. Je pense que Monsieur Schäuble, Monsieur Sapin et tous les Européens honnêtes seront d'accord pour dire qu'il n'est pas juste que des milliers de Grecs dorment mal et se couchent sans avoir mangé, simplement par la faute de l'Europe et du gouvernement grec précédent, pour avoir traité à leur manière cette crise de déflation. Je pense que parmi tous les pays européens, l'Allemagne est la plus apte à comprendre ce message simple : quand on humilie une nation fière pendant trop longtemps, en la mettant sous cette énorme pression de la crise de crédit déflationniste, sans pour autant montrer de la lumière au bout du tunnel, cette nation ne peut que bouillonner de colère.

La seule chose que nous demandons, c'est de ne pas être mis sous pression par un ultimatum. Donnez-nous du temps, jusqu'à la fin mai, jusqu'au début de l'été, pour nous permettre de conclure un nouvel accord. Nous parviendrons ainsi à une situation où vous ne serez plus obligés de m'interviewer, où la Grèce ne fera plus la une des journaux et ne cassera plus les pieds au reste de l'Europe."