23 février 2015

Tout s’explique

Prévenir la menace djihadiste sur Internet

De quels moyens dispose-t-on actuellement ?

Le droit français sanctionne depuis novembre l'apologie d'actes de terrorisme sur Internet par des peines allant jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende. Depuis un décret promulgué début février, les sites concernés peuvent faire l'objet d'un blocage administratif sans passer par un juge, comme pour les sites pédophiles. Les réseaux sociaux bénéficient d'un statut d'hébergeur qui les contraint à réagir « promptement » lorsqu'un contenu litigieux leur est signalé. « Les autorités sont prévenues » lorsque la situation l'exige, explique Facebook. Pas suffisamment, estime le gouvernement. Une enquête de Rue89 souligne que, dans la plupart des cas, ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui contactent la police.

Quels sont les projets du gouvernement ?

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est rendu vendredi en Californie où il a rencontré des responsables de Google, Facebook, Apple et Twitter. Il a appelé à une « responsabilité partagée » contre les tentatives « d'endoctrinement sectaire ». Il a annoncé un code de bonne conduite arrêté avec les géants du Web lors d'une réunion en avril à Paris, ainsi qu'un processus de collaboration dans les enquêtes judiciaires. D'autres dispositions ont été annoncées au sein du gouvernement : une réforme du statut d'hébergeur, dans un sens plus contraignant pour les réseaux sociaux (Fleur Pellerin, en janvier) et un durcissement de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme en ligne (Christiane Taubira, hier).

Internet est-il le vecteur principal de la radicalisation ?

Bernard Cazeneuve martèle dans les médias que 90 % des individus « qui basculent dans des activités terroristes » au sein de l'UE le font « après avoir fréquenté Internet ». Libération a le premier contesté la portée de ce chiffre, en retrouvant sa provenance : un rapport d'une association [PDF] , le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'Islam. Fondé sur des entretiens réalisés avec 160 familles, le rapport considère lui-même que ces familles « ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble des familles dont les enfants sont touchés ».