4 mars 2015

Tout s'explique

L'avenir du nucléaire en France

Comment s'expliquent les pertes d'Areva ?

Areva, le spécialiste français des équipements nucléaires, a confirmé aujourd'hui une perte colossale de 4,8 milliards d'euros en 2014, pour un chiffre d'affaires en recul de 8 % (8,3 milliards). En cause : un problème de compétitivité sur un marché à la peine depuis Fukushima, des mauvais investissements, les retards de certains chantiers. Une nouvelle direction a été nommée en janvier 2015. Elle prévoit de resserrer les liens avec EDF et de pousser les exportations (notamment en Chine). Areva est détenu à 87 % par l'État. Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron n'a pas exclu des suppressions de postes, mais sans licenciement.

Pourquoi l'EPR finlandais est-il un tel échec ?

En 2003, sous la direction d'Anne Lauvergeon, Areva a signé un accord avec la Finlande pour la construction d'un réacteur de nouvelle génération dit EPR (réacteur pressurisé européen). Initialement programmé pour 2009, son démarrage n'aura pas lieu avant 2018. Areva s'est montré incapable de concevoir le réacteur et d'en réaliser seul la construction, sans être associé à un autre opérateur comme EDF. Le coût total de l'EPR finlandais s'élève aujourd'hui à 7,4 milliards d'euros, soit plus du double du devis initial.

Que peut-on attendre d'un rapprochement avec EDF ?

La compagnie d'électricité est aujourd'hui le premier client d'Areva et représente 30 % de ses ventes. L'État, actionnaire majoritaire des deux groupes, souhaite qu'EDF augmente ses commandes. La ministre de l'Énergie Ségolène Royal a appelé fin février à la constitution d'une « filière forte du nucléaire ». Emmanuel Macron a souhaité aujourd'hui une plus grande coopération industrielle et n'écarte pas un rapprochement capitalistique. Les deux sociétés se sont opposées ces dernières années, notamment à cause des mauvaises relations de leurs anciens dirigeants, Anne Lauvergeon et Henri Proglio.