8 avril 2015

Tout s'explique

La rupture entre Marine Le Pen et son père

Quels sont les nouveaux dérapages du fondateur du Front national ?

Dans un entretien au journal d’extrême droite Rivarol, à paraître demain, Jean-Marie Le Pen règle ses comptes avec sa fille, l’accusant de trahison après ses déclarations sur BFMTV le 2 avril. Il avait alors réitéré ses propos sur les chambres à gaz qualifiées de « point de détail » de l’histoire. Le président d’honneur du Front national ne se contente pas de cela : réhabilitation du pétainisme, critique de la démocratie et de la République, apologie du « monde blanc » et de « l’Europe boréale »… Ces nouveaux dérapages ont suscité la réprobation des dirigeants du parti, à commencer par celle de sa présidente. Dans un communiqué diffusé ce matin, Marine Le Pen estime que son père « semble être entré dans une véritable spirale entre stratégie de la terre brûlée et suicide politique ».

Comment le parti peut-il le sanctionner ?

Marine Le Pen a indiqué qu’elle s’opposerait à l’investiture de son père comme tête de liste du FN lors des élections régionales de décembre. Jean-Marie Le Pen a annoncé sa candidature en Provence-Alpes-Côte d’Azur. La question sera tranchée lors d’un bureau politique le 17 avril, où les membres favorables à la présidente sont majoritaires. Ce bureau, où il siège, peut également décider de l’exclure du parti. Reste la question de la présidence d’honneur du FN que son fondateur occupe à vie. Aucun dispositif ne permet de lui retirer ce titre. Ce statut ne pourrait être modifié que par la réunion d’un congrès exceptionnel du parti.

Qu’est-ce que Rivarol ?

Cet hebdomadaire français d’extrême droite, se réclamant de « l’opposition nationale et européenne », a été fondé en 1951 par René Malliavin, un avocat pétainiste et négationniste. C’est déjà dans ce journal que Jean-Marie Le Pen avait justifié, en juillet, l’emploi du mot « fournée » en parlant du chanteur Patrick Bruel. Il s’était offert une longue interview, dans laquelle il avait critiqué la stratégie dite de « dédiabolisation » du FN initiée par sa fille. Le directeur de Rivarol, Jérôme Bourbon, s’était prononcé en faveur de Bruno Gollnisch pour la présidence du FN en 2010, avant de qualifier Marine Le Pen « d’ennemie absolue ».