15 avril 2015

Tout s’explique

Bruxelles accuse Google

Que lui reproche la Commission européenne ?

Bruxelles a envoyé aujourd’hui à Google une « communication de griefs », c’est-à-dire un acte d’accusation. La Commission lui reproche d’avoir abusé de sa domination en Europe, où 90 % des recherches sur Internet passent par son moteur, pour favoriser son propre système de comparaison de prix : Google Shopping. La procédure résulte des plaintes déposées en 2010 par trois petites sociétés, dont le français 1plusV qui explique avoir perdu 92 % de son trafic à la suite d’une désindexation arbitraire de Google. Le groupe californien a dix semaines pour plaider sa bonne foi auprès de Bruxelles. La Commission a également annoncé aujourd’hui une enquête distincte sur d’éventuelles infractions concernant Android, le système d’exploitation pour mobile de Google.

À quelles sanctions s’expose Google ?

Le géant américain risque une amende pouvant aller jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires, soit plus de six milliards d’euros. Google a réalisé 13 milliards d’euros de bénéfices l’an passé et sa trésorerie est estimée à 57 milliards d’euros. La Commission est également en mesure de lui imposer des actions correctives sur le marché européen. Elle pourrait par exemple lui demander de revenir à une séparation claire entre ses résultats de recherche et ses liens sponsorisés. Ces derniers, qui assurent 90 % de ses revenus, sont payés par les marques pour apparaître en haut des pages de résultats.

Peut-on s’attendre à d’autres poursuites ?

Google suscite l’inquiétude en Europe pour sa position dominante, au même titre qu’Amazon, Facebook et Apple, réunis sous l’acronyme « GAFA ». La France et l’Allemagne ont réclamé fin novembre une loi pour mieux encadrer les données privées, la liberté de choix des services sur les plateformes et la transparence des moteurs de recherche. Les eurodéputés ont symboliquement voté une motion réclamant une scission de Google. Mi-février, le président américain Barack Obama a dénoncé une offensive protectionniste européenne destinée à affaiblir les géants américains du Net.