7 mai 2015

Tout s’explique

La fronde contre la réforme du collège

Quels sont les principaux points de cette réforme ?

Présentée le 11 mars, la réforme du collège prévoit de nouveaux programmes, horaires et pratiques pédagogiques. L’objectif de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, est d’augmenter le niveau des collégiens en favorisant la maîtrise des savoirs fondamentaux. Parmi les changements annoncés : l’apprentissage d’une deuxième langue vivante dès la cinquième, la suppression des classes européennes ou bi-langues, la création d’enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Ceux-ci mettront l’accent sur des savoirs jugés « abstraits » et difficiles à intégrer. Huit thèmes ont été définis par la ministre, dont « développement durable », « corps, santé, sécurité » ou « information, communication et citoyenneté ». Ils ne seront pas tous disponibles dans l’ensemble des établissements.

Pourquoi le débat est-il focalisé sur les langues ?

Actuellement, l’enseignement du latin et du grec passe par une option facultative que les élèves peuvent choisir en cinquième (en troisième pour le grec ancien). À partir de 2016, si la réforme est adoptée, ces langues mortes seront intégrées à l’un des huit modules d’EPI sous l’intitulé « langues et cultures de l’Antiquité ». De nombreux professeurs concernés et l’opposition craignent que peu d’élèves le choisissent et qu’il soit davantage tourné vers la culture et la civilisation. Les classes bi-langues, qui proposent d’apprendre deux langues vivantes à partir de la sixième, et les classes européennes, qui prévoient plus d’heures pour les langues étrangères, seront supprimées pour éviter la constitution de classes de niveau. Les 59 députés membres du groupe d’amitié France-Allemagne de l’Assemblée redoutent un recul de l’apprentissage de l’allemand.

Quels sont les arguments des détracteurs ?

Le député UMP Bruno Le Maire, appuyé par 152 autres parlementaires de droite et du centre, a réclamé hier dans une lettre ouverte adressée au président de la République le retrait de la réforme. Il lui reproche de « couper la langue française de ses racines » en référence au sort réservé au latin. Le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, estime que le gouvernement additionne « toutes les erreurs à ne pas commettre ». François Hollande s’est érigé hier soir contre le « concert des immobiles ». Dans son propre camp, Najat Vallaud-Belkacem a essuyé les reproches de Julien Dray, pour qui « le latin et le grec ne sont pas des matières périmées », et de l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti au sujet des classes bi-langues.