12 mai 2015

Tout s'explique

Controverse sur le décès de Ben Laden

Quelle est la version de Seymour Hersh ?

Le journaliste d’investigation américain Seymour Hersh affirme dans un article publié par la London Review of Books que l’exécution d’Oussama ben Laden en 2011 a été menée avec l’accord de l’armée pakistanaise, alors que la version officielle évoque un raid unilatéral américain. Il avance que le leader d’Al-Qaïda a été capturé en 2006 par les services secrets pakistanais et placé sous surveillance dans une résidence au nord-est du pays. Un membre des renseignements locaux aurait révélé sa position aux Américains. Washington aurait négocié avec Islamabad l’organisation d’une exécution maquillée en raid, moyennant des contreparties militaires. La Maison-Blanche a démenti lundi les affirmations du journaliste.

Pourquoi cette version est-elle contestée ?

Le site d’information américain Vox a publié hier une contre-enquête et dénonce une « théorie conspirationniste ». Il reproche au journaliste de n’utiliser que deux sources principales : un ex-chef de l’intelligence militaire pakistanaise, retraité depuis 1992, et un retraité anonyme des services secrets américains. Aucun des deux n’avait un rôle clé dans l’opération. Vox pointe plusieurs contradictions dans son récit : les États-Unis auraient promis au Pakistan une aide militaire accrue et une plus grande marge d’action en Afghanistan. Pourtant, l’envoi d’aide militaire américaine a chuté et la coopération entre les deux pays s'est dégradée. L’article de Seymour Hersh a été refusé par la rédaction du New Yorker, qui l’emploie régulièrement, avant d’être publié par la London Review of Books.

Qui est ce journaliste ?

Âgé de 78 ans, Seymour Hersh est connu pour avoir reçu le prix Pulitzer en 1970, la plus haute récompense de la profession, après avoir révélé le massacre de Mỹ Lai lors de la guerre du Vietnam. Il a révélé en détail les atrocités commises dans la prison d’Abou Ghraib par les soldats américains à l’encontre de prisonniers irakiens lors de la seconde guerre du Golfe. Ses dernières enquêtes ont suscité la méfiance de ses confrères. Il a notamment affirmé que les forces spéciales américaines étaient contrôlées par l’Opus Dei, une organisation chrétienne secrète. L’an passé, il a écrit que la Turquie utilisait des armes chimiques en Syrie dans le but de faire accuser Bachar al-Assad et déclencher une attaque américaine contre son régime.