15 mai 2015

Tout s'explique

Merkel fragilisée par les écoutes de la NSA

Quel scandale frappe les renseignements allemands ?

La chancellerie allemande laisserait depuis 2008 ses services secrets collaborer aux activités d’espionnage économique de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA). L’accusation, portée par les quotidiens Bild et Süddeutsche Zeitung fin avril, n’a pour l’instant pas suscité de réaction officielle, mais fait peser une lourde suspicion sur le pouvoir allemand. Selon Bild, qui se base sur des documents parlementaires, les services secrets allemands, le BND, ont eu un rôle actif en alimentant la NSA en données téléphoniques et messages électroniques. Parmi les victimes évoquées : le groupe européen Airbus (ex-EADS), qui produit des avions militaires, des satellites et des systèmes de défense, mais aussi des hauts fonctionnaires de l’Élysée, du Quai d’Orsay et de la Commission européenne. Airbus a annoncé le 30 avril le dépôt d’une plainte contre X pour espionnage.

Qu’est-il reproché à la chancelière ?

Sigmar Gabriel, vice-chancelier, président du Parti social-démocrate et ministre de l’Économie, a estimé le 4 mai : « Ce que nous vivons est un scandale des services secrets. » Il dit avoir demandé à Angela Merkel si le BND avait espionné des entreprises pour le compte des Américains. « À deux reprises, elle m’a affirmé que non », a-t-il déclaré. Adversaire politique, mais membre de la même coalition, il a précisé que si un tel espionnage avait eu lieu, « cela poserait un sérieux problème de confiance des entreprises à l’égard de la puissance publique ».

Pourquoi la NSA opérait-elle en Allemagne ?

Les enquêtes ayant suivi les attentats du 11-Septembre ont déterminé que les terroristes avaient préparé leur action depuis Hambourg. Pour éviter de laisser se reproduire un tel événement, Berlin et Washington ont négocié un accord de coopération en 2002. Afin de lutter contre le terrorisme, la NSA pouvait s’appuyer sur le BND tant qu’elle respectait le droit allemand. Mais à partir de 2008, selon Bild, les services allemands se sont étonnés de certaines demandes relevant davantage de l’espionnage industriel et en ont informé la chancellerie.