8 juin 2015

Tout s’explique

Erdogan recule aux législatives turques

Sait-on avec qui l’AKP va gouverner ?

Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan a obtenu hier 40,7 % des suffrages lors des élections législatives turques. Il reste le premier mouvement du pays, mais sera contraint de former un gouvernement de coalition, une première en 13 ans. Parmi les autres partis figurent les sociaux-démocrates du CHP (25 %), les nationalistes du MHP (16,3 %) et les pro-Kurdes du HDP (13,1 %). Avant les élections, ces trois partis ont tous exclu une coalition avec l’AKP. En cas d’échec des tractations dans les 45 jours, le président pourra dissoudre le Parlement et convoquer à nouveau les électeurs devant les urnes.

Quel était le projet de « sultanat » d’Erdogan ?

Au pouvoir depuis 12 ans, Recep Tayyip Erdogan a été élu président en août 2014 après avoir été Premier ministre. Il comptait obtenir au moins trois cinquièmes des voix pour modifier la Constitution et élargir les pouvoirs du président. En Turquie, cette fonction est essentiellement honorifique. Erdogan comptait faire basculer son pays d’un système parlementaire vers un régime présidentiel fort. Les Turcs ont sanctionné le ralentissement de l’économie (11 % de chômage), les affaires de corruption touchant jusqu’à sa famille et ses dérives autocratiques (manifestations violemment réprimées en 2013, censure des réseaux sociaux, presse muselée, construction d’un palais à 490 millions d’euros).

Que prône le parti pro-kurde HDP ?

Pour la première fois, le parti pro-kurde HDP a obtenu les 10 % nécessaires pour former un groupe au Parlement. Avec 13,1 % des voix, il dispose de 80 députés. Le HDP a pour objectif principal de faire reprendre le processus de paix entre Ankara et la rébellion kurde après plus de 30 ans de guerre civile. Il a également intégré à son programme des questions sociales, en condamnant la polygamie et les mariages forcés, et environnementales. Le chef du HDP Selahattin Demirtaş, 42 ans, a ainsi élargi la base de sa formation aux femmes, homosexuels et écologistes. Le parti a été la cible de 50 attaques contre ses bureaux durant la campagne. Deux personnes ont été tuées vendredi lors d’une réunion du parti, un attentat non revendiqué.