24 juin 2015

Tout s’explique

Trois présidents français écoutés par les États-Unis

Comment la NSA a-t-elle pu surveiller l’Élysée ?

De 2006 à 2012, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été écoutés par l’agence de sécurité américaine (NSA). Mediapart et Libération, qui publient ces informations, ont travaillé sur une base de données fournie par l’organisation WikiLeaks, comprenant des notes de synthèse de ces écoutes. Si aucun secret d’État n’est dévoilé, c’est la première fois qu’est établi un espionnage à un tel niveau de responsabilité entre les deux pays alliés. S’appuyant sur des révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a assuré fin 2013 que l’ambassade américaine, située à quelques centaines de mètres de l’Élysée, était utilisée pour capter les conversations téléphoniques des autorités françaises. Der Spiegel a aussi révélé début mai que les services secrets allemands ont collaboré avec la NSA entre 2004 et 2014 afin d’espionner des « autorités françaises » dont certains « politiques ».

Comment les autorités françaises ont-elles réagi ?

L’Élysée a convoqué un Conseil de défense ce matin, avant de condamner « des faits inacceptables ». « La France ne tolérera aucun agissement mettant en cause sa sécurité », a ajouté la présidence de la République. Le Premier ministre Manuel Valls a réclamé « un code de conduite » entre pays « alliés ». L’ambassadrice américaine a été convoquée dans l’après-midi au Quai d’Orsay. Barack Obama, cité par un communiqué de l’Élysée, « a réitéré sans ambiguïté son engagement ferme […] d’en terminer avec les pratiques qui ont pu avoir lieu dans le passé et qui étaient inacceptables entre alliés ».

Les téléphones des présidents sont-ils assez protégés ?

Barack Obama avait déclaré en 2008 qu’on devrait « lui arracher des mains » son téléphone BlackBerry avant qu’il entre à la Maison-Blanche. Mais il a dû se résoudre à utiliser un appareil fourni par la NSA. Comme lui, les présidents français restent attachés à leurs téléphones personnels. Nicolas Sarkozy a longtemps utilisé un BlackBerry, avant d’adopter en 2010 un appareil sécurisé fourni par Thalès pour ses échanges sensibles. L’espionnage reste néanmoins possible si le téléphone de son interlocuteur, non sécurisé, est lui-même sur écoute. François Hollande dispose lui aussi de cet appareil protégé, mais continue à passer ses appels personnels depuis un iPhone.