21 juillet 2015

Tout s’explique

La crise des éleveurs français

Contre quoi les éleveurs protestent-ils ?

Des centaines d’éleveurs normands organisent depuis hier un blocage des accès à Caen et au Mont-Saint-Michel, élargi aujourd’hui à Évreux ainsi qu’aux ponts de Normandie et de Tancarville. Ils protestent contre la faiblesse des prix d’achat du lait, de la viande de bœuf et de porc. Ils accusent les industriels et la grande distribution de pratiquer des marges trop importantes. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a rencontré en fin d’après-midi une délégation à Caen. François Hollande a annoncé la présentation d’un plan d’urgence demain en Conseil des ministres. Le ministère de l’Agriculture estime que 10 % des élevages sont en « difficulté financière ».

Comment les prix sont-ils fixés ?

Les trois marchés concernés (porc, bœuf, lait) sont fortement tributaires du prix des importations. Les cours de la viande de porc sont fixés au marché au cadran de Plérin, en Bretagne, une région qui représente 60 % de l’élevage français. Cette place, dont le principe est basé sur la confrontation publique entre acheteurs et vendeurs, sert de référence nationale. Le prix du bœuf est déterminé contractuellement entre les éleveurs, les abattoirs et la chaîne de distribution. L’organisme public FranceAgriMer en calcule une moyenne à partir des prix déclarés par les abattoirs. Le prix du lait est fixé soit par contrat, soit à partir des prix internationaux, notamment ceux du premier exportateur mondial, la coopérative néo-zélandaise Fonterra.

L’Europe a-t-elle sa part de responsabilité ?

Les éleveurs français de porc mettent en cause les Espagnols, les Néerlandais et surtout les Allemands. Ces pays emploient dans les abattoirs une main-d’œuvre venue des pays de l’Est avec le statut de travailleur détaché, aux conditions des pays d’origine et sans charges sociales. L’embargo sur les produits européens mis en place par la Russie en janvier 2014 a aussi tiré les prix à la baisse. La surproduction du lait dans le marché européen entraîne une guerre des prix. Trois mois après la disparition des quotas laitiers, l’Europe reste à la recherche d’une stratégie claire.