31 août 2015

Tout s'explique

Polémique sur les primes de départ d’un patron

Pourquoi la rémunération de Michel Combes est-elle contestée ?

Le Journal du dimanche a révélé hier que le directeur général d’Alcatel-Lucent Michel Combes, dont le départ de l’entreprise est prévu demain, toucherait d’ici à 2018 l’équivalent de 13,7 millions d’euros, essentiellement en actions. La polémique sur l’ampleur de ces conditions financières s’est poursuivie aujourd’hui. Le ministre des Finances Michel Sapin a appelé ce matin l’intéressé à « un peu de bon sens, un peu de mesure, un peu de retenue », compte tenu des « difficultés que les uns et les autres rencontrent ». Michel Combes a défendu, dans une interview aux Échos, sa rémunération en se disant « fier » du travail accompli et en liant son « montant significatif » à l’appréciation du cours de Bourse : « Cela signifie que j’ai réussi à créer de la valeur et que l’entreprise est sauvée. »

Quelle est la position du Medef ?

Le président du Medef Pierre Gattaz avait résumé en mai la position de son organisation sur les primes de départ des dirigeants : « Lorsqu’il n’y a pas de résultats, il ne devrait pas y avoir de bonus. » Le vice-président Thibaud Lanxade a jugé ce matin les primes concernées « d’autant plus choquantes que les résultats n’étaient pas, on va dire, au rendez-vous ». Il a indiqué que le Medef allait étudier le dossier. Sous la direction de Michel Combes, un plan de restructuration a été conduit, moyennant la suppression de 10 000 emplois dans le monde, avant le rachat en avril d’Alcatel-Lucent par Nokia.

Comment se décomposent les primes des patrons ?

Les rémunérations versées au départ des dirigeants prennent des formes multiples. En mai, la « retraite chapeau » (retraite financée par l’entreprise) de l’ancien dirigeant de PSA Philippe Varin (300 000 euros par an) avait suscité de nombreuses critiques. S’agissant de Michel Combes, qui s’apprête à rejoindre le groupe Numericable-SFR, l’enveloppe contient une clause de non-concurrence de 4,5 millions d’euros, une distribution d’actions et de stock-options. Les stock-options représentent le droit, pour leurs bénéficiaires, d’acheter dans le futur des actions à un prix fixé à l’avance, un mécanisme qui leur permet d’empocher la plus-value éventuelle en les revendant aussitôt. Après plusieurs cas jugés excessifs dans les années 2000, les entreprises recourent désormais plus volontiers aux distributions d’actions. Dans les deux cas, le montant réel de la rémunération, lié au cours de Bourse, ne peut être connu qu’au moment de la vente. L’estimation du JDD se base sur le cours de clôture de vendredi.