11 septembre 2015

Tout s'explique

La tentation socialiste du parti travailliste britannique

Qui est Jeremy Corbyn ?

Le Parti travailliste élira demain son nouveau chef, quatre mois après la défaite aux élections générales et la démission d’Ed Miliband. Jeremy Corbyn, 66 ans et représentant de l’aile gauche, fait figure de favori. Le député du nord de Londres défend un socialisme abandonné par le Labour après le mandat de Premier ministre de Clement Attlee (1945-1951). Il est favorable à la nationalisation des entreprises du rail et de l’énergie ; il milite également pour la sortie du nucléaire ainsi que la gratuité dans la santé et l’éducation. Il a su capter l’intérêt d’une partie de la jeunesse avec un discours fustigeant les inégalités creusées par la politique d’austérité du Premier ministre David Cameron. Il se distingue également du discours centriste et plus classique des trois autres candidats, Andy Burnham, Yvette Cooper et Liz Kendall.

Quelles sont les critiques des cadres du parti ?

Partisans de la social-démocratie, la majorité des responsables du Labour jugent Jeremy Corbyn trop à gauche pour rassembler les électeurs lors d’un scrutin général. L’ex-Premier ministre travailliste Tony Blair (1997-2007) a fait part mi-août de sa crainte de « l’anéantissement » du parti en cas de victoire de Jeremy Corbyn, signant dans le Guardian une tribune titrée : « Même si vous me haïssez, s’il vous plaît, ne laissez pas le Labour s’effondrer ». Ancien conseiller politique d’Ed Miliband, le député Jon Cruddas redoute que le parti « s’effondre face aux électeurs » lors des prochaines élections générales, après deux défaites consécutives en 2010 et 2015.

Pourquoi un outsider a-t-il davantage de chances qu’auparavant ?

Jeremy Corbyn profite d’un nouveau mode de scrutin mis en place par la direction précédente. Jusqu’à présent, le chef du Labour était désigné par trois groupes (députés, adhérents des syndicats, militants), chacun comptant pour un tiers des voix. Désormais, c’est le principe « un homme, une voix » qui prévaut. Cette élection est également marquée par l’ouverture du vote aux sympathisants, qui n’ont qu’à s’acquitter de 4,10 euros pour participer. Ce dispositif réduit le poids des députés, majoritairement hostiles à Jeremy Corbyn. Il a attiré de nombreux jeunes et fait tripler le corps électoral avec 610 000 votants.