28 octobre 2015

Tout s’explique

Erdogan censure plusieurs médias turcs

Quels médias sont ciblés ?

À seulement quatre jours d’élections législatives anticipées, la police turque a pris ce matin le contrôle de deux chaînes de télévision et de deux journaux d’opposition appartenant au même groupe. Des gaz lacrymogènes et des canons à eau ont été utilisés devant leur siège à Istanbul. Leur maison-mère Koza-Ipek fait l’objet d’une mise sous tutelle judiciaire depuis lundi. Elle est accusée par le procureur d’Ankara de « financer » l’imam Fethullah Gülen, de « recruter » et de « faire de la propagande » pour lui. Cet ennemi politique du président Recep Tayyip Erdogan, exilé aux États-Unis depuis 1999, le soupçonne de vouloir imposer un régime islamiste autoritaire.

Comment la population réagit-elle ?

Après les affrontements entre la police et le personnel des chaînes, des heurts ont éclaté devant les bâtiments entre les forces de l’ordre et des manifestants, parmi lesquels plusieurs députés de l’opposition. L’un d’eux, Eren Erdem, s’est inquiété sur Twitter du « précédent » que constituait cette prise de contrôle. Le hashtag #TopyekünDireniyoruz (« nous ne nous tairons pas ») était le plus utilisé ce matin sur la version turque de Twitter. Les utilisateurs y ont partagé des photos de cartes de presse ensanglantées. Un porte-parole du département d’État américain a pressé le gouvernement turc de respecter la liberté de la presse. Le président du Parlement européen Martin Schulz s’est dit « très inquiet » de cet événement survenant juste avant les élections du 1er novembre.

Quels sont les précédents ?

Se défendant de vouloir étouffer les médias, Recep Tayyip Erdogan affirme régulièrement que la presse turque est « la plus libre du monde ». Reporters sans frontières place néanmoins le pays au 149e rang mondial sur 180 du classement sur la liberté de la presse dans le monde. Plusieurs directeurs de médias d’opposition ont été placés en garde à vue ces dernières semaines ou font l’objet d’enquêtes. Le directeur de la rédaction du quotidien Cumhuriyet, qui a révélé en mai des livraisons d’armes des services turcs à destination de rebelles islamistes syriens, est sous le coup d’une enquête pour espionnage. Début 2014, le président a ordonné à plusieurs reprises le blocage momentané de Twitter, Facebook ou YouTube, accusés notamment de diffuser des accusations de corruption visant son entourage.