6 novembre 2015

Tout s’explique

Élections législatives en Birmanie

En quoi ces élections sont-elles historiques ?

Plus de 30 millions de Birmans sont appelés à participer dimanche aux élections législatives. Ce scrutin sera le plus libre que le pays ait connu depuis 1990. À l’époque, la Ligue nationale pour la démocratie, le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, avait remporté 81 % des sièges du Parlement. L’élection avait été annulée par la junte au pouvoir et la dirigeante avait été placée en résidence surveillée. La lauréate 1991 du prix Nobel de la paix, libre depuis 2010, est à nouveau favorite selon les médias birmans. Sa formation avait déjà remporté les législatives partielles de 2012, en obtenant 43 sièges sur les 45 renouvelés (10 % du Parlement).

Le scrutin sera-t-il libre et équitable ?

Les élections excluent des minorités religieuses. C’est le cas des 1,3 million de Rohingyas, un groupe ethnique musulman considéré par l’ONU comme l’un des plus persécutés au monde. La loi leur interdit de voter depuis février, alors qu’ils y avaient été autorisés en 1990 et 2012. Aung San Suu Kyi se montre discrète sur le sort des Rohingyas, mais a appelé hier à « ne pas exagérer » le drame vécu par cette minorité. Cette déclaration s’oppose aux conclusions d’un rapport publié la semaine dernière par des étudiants en droit de l’université américaine de Yale. Ces derniers ont mené une enquête juridique et pointent les meurtres, les restrictions imposées sur les naissances et l’instauration de conditions ayant pour conséquence de détruire le groupe (vie dans des camps, privation de nourriture, de soins, etc.). Pour eux, leur sort s’apparente à un génocide.

Comment se déroule la transition démocratique ?

Depuis la dissolution de la junte en 2011, la censure a disparu et les candidats peuvent s’exprimer et organiser des meetings librement. Près de 90 partis, dont beaucoup sont régionaux, ont été autorisés à concourir. La Constitution prévoit cependant que l’armée s’octroie automatiquement un quart des sièges au Parlement, ainsi que le poste de ministre de la Défense. Aung San Suu Kyi ne pourra pas briguer le poste de présidente en raison de son mariage avec un étranger et de la nationalité de ses enfants. Signe que l’assouplissement du régime n’est que relatif, un meneur des manifestations étudiantes du printemps a été interpellé mardi. Il risque la prison pour « manifestation non autorisée ».