17 novembre 2015

Tout s’explique

La stratégie militaire française en Syrie

Comment évoluent les frappes aériennes ?

François Hollande a annoncé hier devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles que la France allait « intensifier ses opérations en Syrie » et souhaité une coalition unique avec la Russie. L’Armée de l’air a procédé la nuit dernière à de nouveaux bombardements à Rakka, capitale autoproclamée de Daech en Syrie. Au cours d’un raid en coordination avec les forces américaines, les avions ont largué 16 bombes sur un centre de commandement et un centre d’entraînement. Le ministère de la Défense a déclaré qu’ils avaient été détruits simultanément. La veille, dix chasseurs avaient largué 20 bombes sur un autre poste de commandement et un autre centre d’entraînement. Le porte-avions Charles-de-Gaulle sera déployé en fin de semaine en Méditerranée orientale. À son bord, 26 appareils s’ajouteront aux six Rafale et six Mirage 2000 déjà engagés.

Sont-elles efficaces ?

Le colonel à la retraite Michel Goya, analyste de défense et professeur à Sciences Po, a déclaré dimanche soir sur France Info que l’accroissement des bombardements est une « option minimale » et qu’il « faut bien comprendre qu’on ne peut pas détruire l’État islamique sans aller au sol ». Plusieurs voix dénoncent les effets pervers et même le « piège » des frappes aériennes, notamment Nicolas Hénin, ancien otage de Daech et auteur du livre « Jihad Academy ». Dans une tribune publiée par le Guardian, il estime qu’elles renforcent la radicalisation des djihadistes et des civils s’ils sont touchés. Il ajoute : « Ils viennent à Paris avec des Kalachnikovs, assurant qu’ils veulent que les bombardements s’arrêtent, mais sachant bien que leur attaque nous forcera à maintenir et même à intensifier ces bombardements contre-productifs. »

Une intervention terrestre est-elle envisagée ?

La France continue d’exclure toute intervention militaire au sol, tout comme la Russie. Cette position est partagée par les États-Unis, qui ont aussi annoncé une intensification des bombardements. Barack Obama a expliqué hier que si l’armée américaine marchait sur Mossoul, Rakka ou encore Ramadi, « elle pourrait en chasser temporairement le groupe État islamique, mais cela conduirait à reproduire ce qui s’est déroulé par le passé », allusion à la dernière guerre en Irak. Les États-Unis ont cependant annoncé fin octobre l’envoi d’un petit effectif de forces spéciales dans le nord du pays. Composées de moins de 50 soldats, elles ont pour mission de « coordonner les troupes locales sur le terrain et les efforts de la coalition ».