23 novembre 2015

Tout s'explique

La Belgique, carrefour de l’islamisme radical

Pourquoi l’état d’alerte maximale est-il maintenu à Bruxelles ?

21 interpellations ont eu lieu depuis hier soir en Belgique, à la suite d’opérations antiterroristes en lien avec le risque d’attentat dans le pays. Le parquet fédéral a annoncé que Salah Abdeslam, en fuite et soupçonné d’avoir participé aux attaques terroristes de Paris, n’en faisait pas partie. Le Premier ministre Charles Michel redoute toujours des attaques coordonnées similaires à celles qui ont touché la France. Depuis samedi, l’état d’alerte maximale (menace « sérieuse et imminente ») est en vigueur dans la capitale belge : les écoles sont fermées, les métros à l’arrêt et les forces de l’ordre mobilisées. Les patrouilles des forces de sécurité ont été renforcées dans le reste du pays, placé au niveau d’alerte inférieur (menace « possible et vraisemblable »).

Quelles sont les précédentes attaques terroristes liées à la Belgique ?

Les premiers déploiements policiers ont visé la semaine dernière la municipalité de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des 19 communes de Bruxelles. Ce quartier populaire est lié à plusieurs actions terroristes ces dernières années. La tuerie du Musée juif de Bruxelles (mai 2014), la cellule de Verviers démantelée par la police (janvier 2015), l’attaque du Thalys Bruxelles-Paris (août 2015). Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher, y a acheté ses armes. C’est là qu’ont grandi Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attentats de Paris, et les frères Abdeslam qui y ont pris part. Déjà en 2001, c’est de Molenbeek que s’étaient organisés les tueurs du commandant afghan Ahmed Shah Massoud, principal adversaire au régime des talibans, assassiné sur ordre d’Oussama Ben Laden deux jours avant le 11-Septembre.

Comment la pensée salafiste se développe-t-elle ?

Selon Michaël Privot, islamologue belge lui-même converti à la religion musulmane, « la pensée salafiste est très ancrée au sein de la population musulmane » de Bruxelles. Dès le début des années 1960, le régime saoudien y a financé l’ouverture de la Grande Mosquée et d’un centre culturel islamique. L’Arabie saoudite nomme les responsables et y diffuse la pensée wahhabite (le salafisme saoudien) qui défend une pratique de l’islam ultra-orthodoxe des premiers siècles. Le pays offre aux jeunes musulmans belges des bourses d’études gratuites à Médine. Des documents diplomatiques révélés par WikiLeaks en juin ont montré que la Belgique s’était alarmée en 2012 auprès de l’Arabie saoudite de l’intégrisme à l’œuvre au sein de la Grande Mosquée.