27 novembre 2015

Tout s’explique

L’hommage national aux victimes des attentats

Pourquoi un hommage national ?

« 130 noms. 130 vies arrachées. 130 destins fauchés. 130 rires que l’on n’entendra plus. 130 voix qui à jamais se sont tues. » Le discours de François Hollande, lors de l’hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre, aujourd’hui dans la cour des Invalides, a été largement salué. Un hommage national est habituellement rendu à des célébrités ou à des soldats tués dans les combats. Décidé par l’Élysée, il est rendu pour la première fois à des civils anonymes. Interrogé par le Figaro, Patrick Garcia, professeur d’histoire et spécialiste des commémorations, y voit un choix cohérent avec « l’acte de guerre » dénoncé par le président : « C’est la guerre, donc ces victimes sont des victimes de guerre. C’est en tout cas tout le sens du discours tenu par François Hollande. »

Cet hommage a-t-il fait l’unanimité ?

Plusieurs membres des familles des victimes ont choisi de boycotter l’hommage national, mettant en cause la politique du gouvernement depuis les attentats de janvier. Emma Prévost, la sœur de François-Xavier Prévost, tué dans l’attaque contre le Bataclan, a critiqué sur Facebook l’insuffisance des moyens mis en œuvre après les attentats de janvier, citant la possibilité de « voyager en Syrie et de revenir, librement », l’absence de mesure contre les mosquées « recensées comme étant radicales » ou les raids aériens contre le groupe État islamique. « C’est plus tôt qu’il fallait agir, conclut-elle. Les attentats du mois de janvier auraient dû suffire ! » Pierre Hoche, père d’une victime, appelle, lui aussi sur Facebook, à « la recherche des causes », pas simplement des coupables.

Le rapport des Français au drapeau a-t-il changé ?

François Hollande a invité mercredi les Français à « pavoiser » leur domicile de drapeaux français. L’entreprise Doublet, leader européen de la fabrication d’étendards, a affirmé en vendre « deux à trois fois plus » que d’habitude depuis les attentats. Selon le sociologue François de Singly, enseignant à l’université Paris-Descartes, la bannière nationale a pris « un coup de jeune, elle s’est déringardisée ». La gauche avait rejeté le drapeau français, trop guerrier, à partir de la Première Guerre mondiale, explique sur le Plus l’historien Jean Garrigues. L’emblème tricolore est ensuite devenu la marque du gaullisme avant d’être peu à peu récupéré par le Front national, raconte le spécialiste. Les attentats ont changé la donne. « Il y a des jours comme ça où même anar on porte un drapeau parce que c’est tout ce qui reste à brandir après l’embrasement et il est bleu blanc rouge », écrivait Magyd Cherfi, le chanteur du groupe Zebda, le 15 novembre dans Libération.