10 décembre 2015

Tout s’explique

« La vie d’Adèle » perd son visa d’exploitation

Le film peut-il toujours être diffusé ?

La cour administrative d’appel de Paris a rendu publique hier sa décision d’annuler le visa d’exploitation du film « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or 2013, en raison de « scènes de sexe réalistes de nature à heurter la sensibilité du jeune public ». Le film est sorti en octobre 2013, frappé d’une interdiction aux moins de 12 ans et d’un avertissement annonçant la présence de scènes explicites. Le ministère de la Culture a désormais deux mois pour reclassifier le film avec une interdiction aux moins de 16 ou 18 ans. Le producteur Wild Bunch a dénoncé aujourd’hui un « gag ». La ministre Fleur Pellerin a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État. Jusqu’à la nouvelle classification, le film ne peut plus être diffusé dans une salle de cinéma ou à la télévision. La distribution en DVD ou vidéo à la demande n’est pas affectée.

Comment les films sont-ils classifiés en France ?

Le ministère de la Culture sollicite l’avis de la Commission de classification des œuvres cinématographiques du Centre national du cinéma. Cette commission est composée de quatre groupes : des professionnels du cinéma, des experts (médecins, spécialistes des sciences humaines, etc.), des fonctionnaires de l’État et des jeunes âgés de 18 à 24 ans. Tous sont nommés par le ministère. La Commission peut appliquer quatre niveaux d’interdiction : moins de 12, 16 ou 18 ans (assortis ou non d’avertissements) et X, qui taxe plus lourdement les films et les exclut du circuit commercial. La Commission a le pouvoir de recommander l’interdiction totale, comme pour « Mad Max » en 1979. Le film est finalement sorti en 1982 avec une interdiction aux moins de 18 ans, dans une version allégée de six minutes.

Comment a été prise la décision concernant « La vie d’Adèle » ?

La justice a été saisie par l’association Promouvoir, créée en 1996 par un ancien avocat, André Bonnet. Ce membre actif de la Manif pour tous a été à la fin des années 1990 membre du bureau politique du Mouvement national républicain de Bruno Mégret. Dans un portrait publié en août dans les Inrocks, il assurait être motivé par « la défense des valeurs judéo-chrétiennes ». Promouvoir a déjà obtenu de la justice des décisions qui ont conduit au relèvement de l’âge légal de 16 à 18 ans de « Love » en 2015, de « Nymphomaniac » en 2014, de « Saw 3D » en 2010 et de « Ken Park » en 2004. Promouvoir a également obtenu l’annulation du visa d’exploitation de « Baise-moi » en 2000, requalifié ensuite en « X ».