14 décembre 2015

Tout s'explique

Les enseignements des régionales

Le « front républicain » explique-t-il les résultats ?

Bien parti au soir du premier tour pour emporter une majorité dans trois régions, le Front national a échoué hier à réaliser cette ambition. La droite remporte sept régions de métropole, la gauche cinq. Le Front national amplifie toutefois son vote du premier tour (6,7 millions de voix contre 6,02 millions), battant son record du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 (6,42 millions de voix). La stratégie dite du « front républicain », avec le retrait des listes PS dans les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca, a fonctionné. Dans ces deux régions, les électeurs socialistes du premier tour ne se sont abstenus qu’à 23 %, selon un sondage OpinionWay pour le Point réalisé hier, et ceux qui ont voté se sont reportés à 87 % vers la droite. Au-delà de cette stratégie, le FN a échoué à rallier suffisamment de nouveaux électeurs, à l’exception de ceux du mouvement Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan qui se sont reportés à plus de 30 % sur ses listes.

Quels débats ces élections suscitent-elles au sein des partis ?

Lors d’un bureau politique du parti Les Républicains, son président Nicolas Sarkozy a souhaité la formation d’une « nouvelle équipe » dirigeante resserrée et cohérente. Plusieurs participants ont rapporté que Nathalie Kosciusko-Morizet serait prochainement évincée de son poste de numéro deux. « Penser que le parti se renforce en s’épurant, c’est une vieille idée stalinienne », a réagi la députée de l’Essonne. Celle-ci s’était réjouie hier soir que les électeurs de gauche aient appliqué le « front républicain » rejeté par son parti, sans quoi « on aurait eu deux régions françaises défigurées ». Nicolas Sarkozy a également annoncé qu’un conseil national aurait lieu les 13 et 14 février pour trancher le débat sur la ligne idéologique. À gauche, le chef des députés socialistes, Bruno Le Roux, d’ordinaire mesuré dans ses propos, a déclaré sur Radio Classique que le PS « ne fait plus envie aujourd’hui » et qu’il devrait laisser la place à « quelque chose de nouveau », un « grand parti de gauche réformateur » plus ouvert.

En quoi le vote en Corse est-il historique ?

Alliés aux indépendantistes pendant l’entre-deux-tours, les nationalistes de Gilles Simeoni, le maire de Bastia, ont remporté l’élection territoriale de Corse. Ils dirigeront pour la première fois l’Assemblée de Corse. Avec 24 sièges sur 51, ils n’y obtiennent toutefois pas la majorité absolue et devront compter sur le vote d’élus issus des autres groupes (PS, LR et FN). Au programme des nationalistes qui prônent l’autonomie de l’île : la reconnaissance du corse comme deuxième langue officielle du territoire et l’obligation d’avoir été résident permanent pendant cinq ans pour y acquérir une propriété. Ces deux mesures ont été votées en 2013 et 2014 par l’Assemblée de Corse, mais n’ont pas avalisées par les autorités françaises. « Désormais, ensemble, nous devons obtenir de l’État qu’il tienne compte de ces votes acquis à une large majorité, parfois même à l’unanimité », réclame le programme de Gilles Simeoni.