17 décembre 2015

Tout s’explique

Durcissement de la campagne en Espagne

Les soupçons de corruption affaiblissent-ils la position du parti au pouvoir ?

Les Espagnols votent dimanche pour les élections générales qui désigneront les 350 membres du Congrès des députés et renouvelleront une grande partie du Sénat. Le scrutin se déroule dans une atmosphère tendue pour le Parti populaire (PP, droite) au pouvoir. La formation dirigée par le président du gouvernement Mariano Rajoy est critiquée pour une série de scandales de corruption. Parmi les plus récents : la révélation en mars d’une caisse noire du parti de 1987 à 2009, puis en mai d’une affaire de financement illégal. Lundi, lors de l’unique débat télévisé de la campagne opposant le secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) Pedro Sanchez à Mariano Rajoy, le premier a reproché à son adversaire son manque de « décence », celui-ci répliquant en lui reprochant d’être « misérable et vil ». Le PSOE a également pointé le taux de chômage (21 %). Mariano Rajoy mise sur les 3,1 % de croissance attendue cette année.

Que propose le parti centriste Ciudadanos ?

L’exaspération devant les affaires de corruption (droite et gauche confondues) alimente le succès annoncé des deux nouvelles forces politiques, le parti de la gauche radicale Podemos et le parti du centre droit Ciudadanos. Toutes deux militent pour la création d’une autorité indépendante chargée de traquer la corruption en politique. À la différence de Podemos, Ciudadanos défend la monarchie constitutionnelle, se déclare pro-européen et pro-entreprises. Son leader, Albert Rivera, 36 ans, prône le « changement raisonnable » avec un programme séduisant aussi bien la droite que la gauche modérées. La plupart des sondages créditent Ciudadanos de 18 % à 21 % des intentions de vote et Podemos de 15 % à 18 %.

Quelles peuvent être les conséquences du multipartisme annoncé ?

Le PP est placé en tête des sondages. Il vise l’électorat âgé (un tiers des votants). Mais il a peu de chances de reproduire son score de 44,6 % en 2011. Les trois autres formations (PSOE, Ciudadanos, Podemos) sont annoncées très proches, mais le nombre d’indécis est encore très élevé (22 % selon le Centre de recherche sociologique, un institut d’opinion public). Dans ces conditions, le PP serait contraint de s’allier avec un autre parti pour former une majorité. Ciudadanos a rejeté fin novembre l’éventualité d’une coalition avec Mariano Rajoy.