4 janvier 2016

Tout s’explique

Escalade des tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite

Qui est le dignitaire chiite exécuté par l’Arabie saoudite ?

L’exécution samedi par l’Arabie saoudite du chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr a provoqué une crise avec le voisin iranien. L’homme était un défenseur de la minorité chiite saoudienne (10 % à 15 % de la population) et un critique virulent de la dynastie sunnite au pouvoir. Il avait notamment mené une contestation en 2011, en plein printemps arabe, avant d’être arrêté et condamné à mort en 2014 pour terrorisme. Sa mort a entraîné l’attaque samedi par des manifestants de l’ambassade saoudienne à Téhéran en Iran, dans un pays à 80 % chiite. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé hier à la « vengeance » de la mort du dignitaire religieux. Le royaume saoudien a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Qu’est-ce qui oppose sunnites et chiites ?

La scission des deux principaux courants de l’islam remonte à la mort du prophète Mahomet en 632. Leur opposition se fonde sur le désaccord quant au choix du successeur le plus légitime pour diriger la communauté musulmane. Ceux qu’on appellera plus tard « sunnites » désignent un compagnon de Mahomet, Abou Bakr, au nom d’un retour aux traditions. Les futurs « chiites » soutiennent Ali, gendre du prophète, au nom des liens du sang. Conséquence pratique : la distinction entre les deux branches se retrouve aujourd’hui entre des pays sunnites qui confondent souvent l’autorité politique et religieuse, tandis que les chiites prônent la séparation entre les deux. 85 % des musulmans du monde sont sunnites. Les seuls pays à majorité chiite sont l’Iran, l’Irak, l’Azerbaïdjan et Bahreïn. Les principales minorités chiites se trouvent au Pakistan, en Inde, au Yémen, en Afghanistan, en Arabie saoudite et au Liban.

Comment les autres pays réagissent-ils ?

La rupture des relations diplomatiques de l’Arabie saoudite avec l’Iran a entraîné ce matin une réaction similaire de la part du Bahreïn. Le Soudan a lui aussi rompu ses relations avec l’Iran en début d’après-midi. Les Émirats arabes unis ont rappelé leur ambassadeur, sans pour autant fermer leur ambassade. Cette situation a conduit la Russie, alliée à l’Iran, à proposer son aide pour résoudre la crise. Les États-Unis, historiquement alliés de l’Arabie saoudite mais proches de l’Iran depuis l’accord sur le nucléaire conclu en juillet, ont appelé à des mesures positives pour calmer les tensions. La France, qui a fait de l’Arabie saoudite l’un de ses principaux partenaires commerciaux, a rappelé son opposition à la peine de mort tout en souhaitant la « désescalade » du conflit. Ce conflit risque de compliquer la résolution des guerres en Syrie et au Yémen où l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grandes puissances régionales, s’affrontent à travers des groupes locaux sunnites et chiites.