13 janvier 2016

Tout s'explique

Le port de la kippa en question après l’agression antisémite à Marseille

Comment est ressenti le conseil du président du Consistoire juif de Marseille ?

Interrogé sur l’attaque dont a été victime un enseignant juif lundi à Marseille (son agresseur, un jeune Turc de 15 ans, a été mis en examen aujourd’hui), le président du Consistoire israélite de Marseille Zvi Ammar a conseillé hier à la communauté juive de la ville de ne plus porter la kippa provisoirement. Cette recommandation est contestée par les organisations représentatives. Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l’organe chargé du dialogue, y voit une « attitude défaitiste, de renoncement ». Joël Mergui, le président du Consistoire central israélite de France, l’institution qui administre le culte, a souhaité que « l’ensemble de la société réagisse et soutienne la liberté de conscience » et a lancé ce mot d’ordre : « Touche pas à ma kippa ». La ministre de la Justice Christiane Taubira a quant à elle déclaré que tout citoyen français devait « se sentir en sécurité » en portant la kippa.

Certains juifs appliquent-ils déjà ce conseil  ?

Dans un reportage diffusé hier soir sur France 2 (sans valeur représentative), plusieurs juifs marseillais abondent dans le sens de Zvi Ammar. A contrario, nombreux sont les internautes qui ont défendu sur les réseaux sociaux le port de la kippa, via les hashtags #jeportelakippa ou #tousenkippa, non sans humour pour certains (on peut voir des photos de kippas aux couleurs de l’Olympique de Marseille ou de Batman). La recommandation du président du Consistoire juif de Marseille n’est cependant pas une première en Europe : le président du Conseil central des juifs d’Allemagne (principale organisation représentative du pays) avait déconseillé en février 2015 le port de la kippa dans les quartiers à forte population musulmane après une recrudescence d’actes antisémites.

Qu’est-ce que la kippa ?

La kippa est une petite calotte dont se coiffent les hommes juifs pratiquants. Ni la Torah, ni le Talmud, les textes sacrés, n’en font un impératif. Il est d’usage de la porter lorsqu’on entre dans une synagogue, comme François Hollande et Manuel Valls l’avaient fait l’an dernier pour l’hommage aux victimes juives de l’Hyper Cacher. Le grand rabbin de France Haïm Korsia explique que « c’est une façon de signifier que Dieu est au-dessus de nous ». Il faut attendre le Moyen Âge pour que son port se généralise afin de distinguer les juifs croyants des autres. Cet usage est renforcé au XVIe siècle, lorsqu’un rabbin légifère dans le code de la loi juive qu’il est interdit de marcher la tête nue.