16 janvier 2016

On revient au début

Le revenu universel, une allocation pour vivre décemment sans travailler

Le Conseil national du numérique, organisme consultatif sur les questions posées par le développement du numérique, a présenté la semaine dernière 20 pistes pour anticiper les mutations du marché de l’emploi à la ministre du Travail Myriam El Khomri. Il suggère notamment l’évaluation du bien-fondé d’un revenu universel.

Le revenu universel est une allocation de base versée à chaque citoyen jusqu’à sa mort, sans distinction entre riches et pauvres, travaillant ou non, célibataires ou non, etc. Il est inconditionnel : nul besoin, en retour, de s’engager à chercher un emploi ou à s’insérer (comme avec le RSA). Il ne crée aucune obligation quant à l’occupation de son temps.

C’est le philosophe anglais Thomas More (1478-1535) qui l’a théorisé le premier dans son ouvrage « L’Utopie ». Il considère que si les hommes ont des devoirs envers la société, cette dernière doit aussi en avoir vis-à-vis d’eux. Le premier de ces devoirs est d’assurer les conditions de leur survie. Le philosophe franco-américain Thomas Paine a développé l’idée d’un « salaire minimum de vie » en 1797 dans son essai « Justice agraire ».

On retrouve l’idée d’un revenu universel dans deux courants de pensée généralement antagonistes : le marxisme et le libéralisme. Karl Marx a imaginé en 1857 un « revenu socialisé » dans son « Introduction générale à la critique de l’économie politique ». L’économiste américain Milton Friedman s’est prononcé en faveur d’un impôt négatif en 1962 dans « Capitalisme et liberté » : les plus pauvres bénéficieraient d’un crédit d’impôt qui leur serait reversé. Une telle prestation permettrait selon lui de supprimer le salaire minimum et favoriserait l’activité ainsi que la consommation.

Plusieurs expérimentations ont eu lieu dans des villes ou des régions, mais seul le Koweït l’a pour l’instant instauré à l’échelle d’un pays (en 2012 pendant 14 mois et réservé aux seuls Koweïtiens). Cette expérience n’est pas représentative, cet État vivant sur la rente de son pétrole. Un programme de l’Unicef a aidé quelques villages pauvres d’Inde à l’appliquer pendant 18 mois en 2011 : ce revenu a contribué à améliorer l’alimentation des habitants, la santé, la fréquentation de l’école et l’activité économique.

Le gouvernement finlandais a comme projet de l’instaurer en 2017. Le montant de l’indemnité n’est pas encore fixé, mais la sécurité sociale finlandaise s’est prononcée pour 800 euros. Des citoyens sont actuellement en train de tester la mesure, avec 550 euros par mois. Aux Pays-Bas, 30 villes disent envisager de l’expérimenter. À Utrecht (quatrième ville du pays), 300 citoyens sans emploi reçoivent 900 euros par mois depuis le 1er janvier.

Pour ses opposants, ce système favoriserait l’oisiveté et risquerait de faire chuter l’activité du pays. L’économiste et philosophe Baptiste Mylondo, auteur de « Un revenu pour tous ! » (2010), recommande de lier le montant de l’indemnité aux recettes fiscales de l’État : si elles baissent, le revenu universel aussi et les acteurs seront incités à travailler.

Il existe deux moyens pour financer ce revenu, explique le Conseil national du numérique dans son rapport : l’un consiste à augmenter la fiscalité des particuliers ou des entreprises, l’autre à supprimer des allocations (familiales, chômage, logement, retraites).

L’idée du revenu universel connaît un regain d’intérêt depuis l’apparition du chômage de masse dans les années 1980. Le Conseil national du numérique estime que cette proposition est adaptée au développement de l’économie collaborative qui ne garantit pas la même couverture sociale que le salariat. Par exemple, les chauffeurs Uber n’ont pas accès au chômage et ne cotisent pas pour leur retraite.