18 janvier 2016

Tout s'explique

Hollande accusé d’organiser une baisse statistique du chômage

Quelles sont les annonces du gouvernement ?

François Hollande a annoncé ce matin un plan d’urgence contre le chômage. Les annonces tournent autour de trois axes : formation, apprentissage et aide à l’embauche pour les PME. Le président a indiqué que 500 000 formations supplémentaires seraient proposées cette année en faveur des demandeurs d’emploi dont les qualifications risquent de devenir obsolètes. Selon le ministère du Travail, ils étaient 644 000 en 2013. L’exécutif viendra en aide aux régions pour relancer l’apprentissage : l’objectif est d’en faire bénéficier 500 000 jeunes en 2017, contre 400 000 actuellement. Enfin, François Hollande a assuré que les PME (moins de 250 salariés) ne paieraient plus aucune cotisation sociale pour les salariés en CDI ou en CDD de six mois ou plus payés entre 1 et 1,3 fois le Smic. Cette mesure complétera les allégements déjà offerts par le Pacte de compétitivité et le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Au total, ces mesures sont estimées à deux milliards d’euros et seront financées par des économies budgétaires.

Quels sont les obstacles à la mise en œuvre de ce plan ?

Le choix de mettre l’accent sur la formation a été globalement bien accueilli par le patronat et les syndicats. Plusieurs voix signalent toutefois que le système de formation n’est pas prêt à accueillir autant de nouveaux venus : Mathieu Plane, économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques, un centre de recherche indépendant, expliquait début janvier sur France 2 que plusieurs mois seraient nécessaires pour trouver le personnel de formation nécessaire. Il note également que tous les secteurs d’activité ne pourront pas absorber autant de candidats nouvellement formés. L’ancien ministre du Travail et député Les Républicains Éric Woerth a quant à lui pointé ce matin l’objectif court-termiste du gouvernement : « Ce n’est pas réaliste, il faut, derrière, 500 000 emplois, sinon c’est le retour à Pôle emploi le jour d’après. »

Quelle sera la conséquence statistique ?

Pôle emploi comptabilise les demandeurs d’emploi selon différentes catégories. En catégorie A, la plus observée, on trouve les personnes sans aucune activité et tenues de chercher un emploi (3,57 millions de personnes fin novembre). Les catégories B et C regroupent les personnes en activité réduite. En catégorie D, on trouve les personnes en stage ou en formation. Ainsi, les chômeurs en formation basculeront mécaniquement de la catégorie A vers la D, les faisant disparaître des chiffres. Dans le Parisien, Pierre Cahuc, professeur d’économie à Polytechnique, y voit « une manière de faire sortir les demandeurs d’emploi des statistiques ». « Il y avait un engagement d’inverser la courbe du chômage, explique dans le Monde Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière. On arrive près de la présidentielle, donc il faut trouver le moyen de le faire baisser. » François Hollande a affirmé ce matin ne pas être « dans le traitement statistique du chômage ».