20 janvier 2016

Tout s’explique

Deux visions s’opposent sur la laïcité

Qu’est-ce qui oppose Manuel Valls et l’Observatoire de la laïcité ?

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, a critiqué hier soir Manuel Valls qui s’en était pris à l’action de cet organisme public placé sous son autorité. Lundi, le Premier ministre lui avait reproché de « dénaturer » les principes qu’il doit défendre. Sa mission est de conseiller le gouvernement dans son action visant au respect de la laïcité en France. Manuel Valls reproche à l’Observatoire une tribune signée au lendemain des attentats du 13 novembre, cosignée par Jean-Louis Bianco, ancien conseiller de François Mitterrand, aux côtés de 80 personnalités de tous horizons religieux et politiques, dont certaines défendent des valeurs musulmanes conservatrices. Le Premier ministre s’en est aussi pris à Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire qui avait critiqué Élisabeth Badinder. Cette dernière avait déclaré début janvier sur France Inter ne pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe pour défendre la laïcité.

Comment se définit la laïcité ?

La notion de laïcité est associée à la loi de 1905 établissant la séparation de l’Église et de l’État, ainsi qu’à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) qui souligne que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Elle repose donc sur la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses, sur l’égalité confessionnelle et sur la liberté de croyance. En 1791, la première Constitution française a instauré la liberté de culte. Un siècle plus tard, en 1881-1882, les lois Jules Ferry sur l’école instituent le caractère public, gratuit, laïc et obligatoire de l’enseignement. La défense de la laïcité a été l’argument central dans l’élaboration de la loi de 2004 interdisant le port ostensible de signes religieux à l’école.

Quelles sont les conceptions qui s’opposent ?

Deux visions s’opposent, l’une stricte, défendue par Manuel Valls, et l’autre, plus ouverte, de l’Observatoire de la laïcité. La première privilégie une neutralité religieuse totale dans l’espace public, tandis que la seconde met en avant le dialogue avec les cultes. L’Observatoire souhaite ainsi dialoguer avec toutes les composantes de l’islam pour pacifier le sujet de la laïcité. Cette attitude est jugée trop accommodante même en son sein : trois de ses membres, l’ancien ministre socialiste Jean Glavany, la sénatrice PRG Françoise Laborde et Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République, une association de promotion de la laïcité, ont refusé de signer plusieurs de ses rapports. Ce fut le cas le 15 décembre 2015 avec un rapport sur l’enseignement supérieur qui écartait toute perspective d’interdiction du port du voile à l’université.