23 janvier 2016

On revient au début

Taïwan, la deuxième Chine

La candidate de l’opposition Tsai Ing-wen est devenue samedi la première femme présidente de Taïwan. Elle succède à Ma Ying-jeou, sanctionné par les électeurs pour son rapprochement avec l’ennemi intime chinois. En huit années à la tête de l’État, il a signé 22 accords de libre-échange qui ont fait craindre aux Taïwanais une annexion économique de la Chine communiste. Depuis 1949, Taïwan vit sa propre destinée distincte de son voisin.

Taïwan est une île de 23 millions d’habitants située entre la mer de Chine et l’océan Pacifique, à environ 160 kilomètres des côtes chinoises. Sa superficie est proche de celle de la Belgique.

Province chinoise pendant dix ans, l’île est cédée à la fin du XIXe siècle au Japon. La domination japonaise dure 50 ans et s’achève à la fin de Seconde Guerre mondiale après sa capitulation. L’île est alors restituée au gouvernement chinois dirigé par Tchang Kaï-chek, un retour mal vécu par la population.

Le coup d’État des communistes de Mao Zedong en 1949 renverse Tchang Kaï-chek. Ses partisans (anticommunistes) se réfugient à Taïwan où ils établissent leur base arrière. Deux millions de Chinois continentaux les rejoignent. Leur gouvernement provisoire s’installe alors à Taïpei, la capitale.

Dès lors, coexistent deux gouvernements chinois : l’un communiste à Pékin (République populaire de Chine), l’autre nationaliste à Taïpei (République de Chine). Chacun estime détenir la légitimité du pouvoir sur toute la Chine, chacun considère que Taïwan n’est qu’une province de l’ensemble chinois appelé à se réunifier et chacun espère reconquérir le territoire de l’autre de façon militaire. Taïpei n’a jamais proclamé son indépendance à l’égard de Pékin.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, lors de la création de l’ONU, c’est le gouvernement en exil à Taïwan qui occupe la place de la Chine au Conseil de sécurité. Cette situation se prolonge jusqu’en 1971, lorsque les États-Unis de Richard Nixon reconnaissent la Chine communiste, une décision vécue par l’île comme une trahison. Depuis, Taïwan n’est plus membre de l’ONU et n’est reconnu que par une vingtaine de pays.

Le gouvernement taïwanais convertit sa population majoritairement paysanne à l’économie de marché. La main-d’œuvre bon marché et bien formée favorise la production et l’exportation de biens de consommation (jouets, chaussures, matériel stéréo, électronique, etc.) demandés par les marchés américains et européens. Le taux de croissance de l'île est proche de 10 % lors de la seconde partie du XXe siècle. 

En 1987, Taïwan lève la loi martiale et abandonne toute ambition militaire de reconquérir le continent. Son régime devient progressivement une authentique démocratie : les réformes de 1986 signent la fin du parti unique et autorisent l’opposition à présenter des candidats.

Malgré le conflit historique entre les deux gouvernements, la Chine est aujourd’hui le plus important partenaire économique de Taïwan (17,5 % de ses importations et 26,2 % de ses exportations). Cette apparente contradiction cache une lutte d’influence entre les deux territoires, chacun cherchant à prendre l'ascendant grâce à son industrie.

La nouvelle présidente Tsai Ing-wen n’a pas inscrit dans son programme de nouveaux rapprochements avec Pékin. Elle s’est dit favorable au respect du « statu quo » entre les deux territoires depuis 1949. Elle a réaffirmé la volonté des Taïwanais de vivre dans un système démocratique, ayant une identité propre et disposant d’une marge de manœuvre internationale. En réaction à son élection, les mentions de son nom sur le réseau social Weibo ont été censurées.