30 janvier 2016

On revient au début

L’espace Schengen remis en cause

Mercredi, la Commission européenne a lancé une procédure inédite pour étendre jusqu’à deux ans le rétablissement des contrôles aux frontières entre les pays membres de l’accord de Schengen. Les États estiment que le flux des migrants, notamment en provenance de Grèce, n’est plus maîtrisé. Quelles sont les origines de Schengen et quelles perspectives se dessinent face à la crise actuelle ?

En quoi consiste Schengen ?

En vigueur depuis 1995, l’accord de Schengen désigne un espace de libre circulation des personnes entre les États signataires. Sur les 28 pays de l’Union européenne, seuls six n’en font pas partie (le Royaume-Uni, l’Irlande, la Bulgarie, la Roumanie, Chypre et la Croatie). Quatre États non membres de l’UE y sont associés : Norvège, Islande, Suisse et Liechtenstein.

Schengen implique que tout individu, une fois entré dans le territoire de l’un des pays membres, puisse franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôles. Pour prendre l’avion, une carte d’identité suffit. Les vols aériens entre villes de l’espace Schengen sont considérés comme des vols intérieurs.

Peut-on rétablir le contrôle aux frontières ?

Un État peut rétablir temporairement les contrôles à ses frontières en cas de risque immédiat pour sa sécurité intérieure. L’accord limite cette possibilité à deux mois, mais un pays peut la prolonger de six mois si nécessaire. La France a déjà appliqué la procédure après les attentats terroristes de 1995 et après le 11 septembre 2001, ainsi que l’Allemagne lors de la Coupe du monde de football en 2006.

Où en est-on du rétablissement des contrôles ?

Plusieurs pays ont réinstauré le contrôle à certaines de leurs frontières, aux endroits stratégiques. L’Allemagne a ainsi été la première à le faire, en septembre, à sa frontière avec l’Autriche. Cette dernière a fait de même, tout comme la France, la Norvège et plus récemment le Danemark et la Suède (voir la carte des contrôles aux frontières). L’Allemagne atteindra la limite des huit mois le 12 mai.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La procédure inédite engagée mercredi par la Commission européenne prévoit tout d’abord de vérifier que la sécurité intérieure de l’espace Schengen n’est plus assurée. Elle a donc annoncé une évaluation aux frontières extérieures de l’UE (en l’occurrence, en Grèce, où arrivent la plupart des demandeurs d’asile). Elle proposera ensuite une recommandation afin d’autoriser, si nécessaire, les États à contrôler leurs frontières pendant deux ans. Les États membres voteront afin de le décider formellement.

Quelles conséquences ?

En cas de rétablissement des frontières pour deux ans, la Grèce se retrouverait isolée : elle est la porte d’entrée dans l’UE des migrants en provenance de Turquie. Fermer les frontières reviendrait à la laisser se débrouiller seule face à l’afflux de migrants. Ils sont plus d’un million à avoir traversé la Méditerranée en 2015, certains au prix de leur vie. Depuis le début de l’année, 43 921 d’entre eux ont accosté dans les îles de la mer Égée selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Et d’un point de vue économique ?

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker estime qu’un démantèlement de Schengen aurait un effet néfaste sur l’emploi et pourrait même remettre en cause l’union monétaire. « Sans Schengen, sans la liberté de mouvement des travailleurs, sans la liberté de voyager pour les citoyens européens, l’euro n’a plus de sens », a-t-il dit mi-janvier.