6 février 2016

On revient au début

Le Royaume-Uni cherche sa place dans l’Europe

Les Britanniques décideront au printemps, par référendum, s’ils restent ou non dans l’Union européenne. Leur Premier ministre David Cameron tente d’obtenir des concessions des autres États membres et promet qu’en échange, il essaiera de convaincre les Britanniques de voter pour le maintien dans l’Union. Ce n’est pas la première fois que Londres veut négocier un statut à part. Le Royaume-Uni veut bien faire partie de l’Europe, mais à ses conditions et avec un statut sur mesure. Comment ont évolué les relations, souvent conflictuelles, entre Londres et les instances communautaires ? Quelles ont été les conditions particulières décrochées par Londres depuis le début de la construction européenne ?

Les origines de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe

Le Royaume-Uni veut rejoindre la Communauté économique européenne (CEE, ancêtre de l’Union européenne) dès les années 1960. Cette marque d’intérêt est motivée par les perspectives commerciales offertes par le marché commun qui abolit les droits de douane (1968). Par deux fois, le Royaume-Uni se heurte au veto du général de Gaulle (1963 et 1967) qui considère le pays comme un cheval de Troie des États-Unis en Europe. Le Royaume-Uni parvient à entrer dans la CEE en 1973. Déjà en 1975, le nouveau gouvernement travailliste propose un référendum sur son maintien afin de disposer d’un levier pour négocier les termes de son adhésion.

Le « rabais » obtenu par Thatcher

L’eurosceptique Margaret Thatcher (au pouvoir de 1979 à 1990) réclame en 1979 le remboursement d’une partie de sa contribution au budget européen en prononçant la phrase « I want my money back » (« je veux qu’on me rende mon argent »). Elle s’appuie sur le fait que le budget de l’Europe est consacré en grande partie à la Politique agricole commune, alors que celle-ci bénéficie peu au Royaume-Uni. Elle obtient en 1984 un rabais annuel de la part des membres encore en vigueur aujourd’hui (environ quatre milliards d’euros).

Le statut du Royaume-Uni dans l’Europe

Depuis, l’engagement du pays au sein de l’UE se limite principalement à sa participation au marché commun et aux réunions de chefs d’État. Au fil des traités, le pays a négocié quatre exceptions : il conserve sa monnaie. Il se tient en dehors de la zone de libre circulation prévue par l’accord de Schengen. Il limite sa la coopération policière et judiciaire avec les autres pays de l’Union. Enfin, il n’est pas signataire de la Charte des droits fondamentaux (2000) qui définit les droits des personnes au sein de l’UE (citoyenneté, justice, etc.), Londres l’estimant trop contraignante.

Les frontières britanniques à Calais

Les gouvernements français et britannique ont signé fin août un accord de coopération bilatérale pour faire face à l’afflux de migrants à Calais, ainsi qu’à ses conséquences sécuritaires et humanitaires. Les policiers français et britanniques ont renforcé leurs liens au sein du centre de commandement unifié installé à Coquelles, en France. Cependant, la France reproche toujours au Royaume-Uni de la laisser supporter le gros de la surveillance de ses frontières fixées à Calais et non sur le sol anglais.

Pourquoi Cameron a-t-il proposé un référendum ?

Le Premier ministre David Cameron a promis en 2013 aux Britanniques d’organiser d’ici fin juin un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. C’est une concession alors accordée aux eurosceptiques du Parti conservateur à l'approche des élections générales de 2015. David Cameron assure qu’il défendra la position du maintien si ses exigences européennes sont satisfaites. Il réclame plus d’indépendance de la part des États nationaux vis-à-vis de Bruxelles. Il souhaite notamment la suppression des aides sociales pendant les quatre premières années pour les Européens qui viennent travailler au Royaume-Uni, ou encore la possibilité de bloquer certaines directives européennes.

Où en est la négociation ?

Le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé mardi les bases d’un compromis entre Londres et Bruxelles pour éviter un « Brexit » en juin. Il prévoit un « mécanisme de sauvegarde » qui permettra de supprimer les prestations sociales des migrants européens dès lors que le Royaume-Uni sera confronté à un afflux exceptionnel d’immigrés. Il prévoit également que Londres puisse « discuter » une décision de la zone euro s’il rallie d’autres pays ne disposant pas eux non plus de la monnaie unique.

Les conséquences d’une sortie éventuelle

L’hypothèse du sortie du Royaume-Uni a conduit Manuel Valls à redouter la semaine dernière une « dislocation » du projet européen dans « les mois qui viennent ». Économiquement, le Royaume-Uni s’expose au retour des taxes douanières et donc à un recul de son commerce extérieur. Certaines grandes entreprises comme Airbus, Ford ou BMW ont prévenu qu’elles reverraient à la baisse leurs investissements outre-Manche. Un « Brexit » coûterait jusqu’à 78 milliards d’euros par an, selon une fondation allemande. Inversement, Londres pourrait alors négocier des accords de libre-échange avec d’autres pays (États-Unis, Chine, etc.) et s’affranchir de normes européennes contraignantes.