9 février 2016

Tout s'explique

Tournant dans la guerre en Syrie

Que se passe-t-il à Alep ?

L’armée régulière de Bachar el-Assad regagne des portions de territoire importantes depuis la semaine dernière. Elles se situent principalement autour de la ville d’Alep, la deuxième du pays dans le nord-ouest, l’un des bastions de la rébellion depuis 2012. Cette avancée des forces loyalistes représente un tournant dans le conflit syrien, d’autant que les rebelles battent aussi en retraite plus au nord. L’armée est appuyée par plus de 1 000 bombardements de l'aviation russe depuis le début de la semaine dernière. Cette bataille complique les efforts pour parvenir à un cessez-le-feu : l’offensive de Bachar el-Assad a été déclenchée le 29 janvier, jour de l’ouverture d’une ébauche de négociations à Genève entre représentants du gouvernement de Damas et rebelles. Cette réunion a été suspendue mercredi jusqu’au 25 février. L’Otan, la France et les États-Unis ont condamné l’offensive et le soutien de la Russie. Moscou continue d’assurer qu’il combat des « extrémistes ».

Pourquoi cette zone est-elle stratégique ?

La zone d’Alep se situe à une vingtaine de kilomètres de la frontière sud de la Turquie. C’est de là que sont acheminés du matériel et des provisions à destination des rebelles. Le régime turc est l’un des principaux soutiens aux opposants de Bachar el-Assad. Si l’armée reprenait le contrôle de la région, elle couperait la chaîne d’approvisionnement. Une reprise d’Alep remettrait Bachar el-Assad en position de force face aux Occidentaux, qui refusent sa participation à une transition politique. Bassma Kodmani, ancienne porte-parole du Conseil national syrien (opposition), estime que si la ville tombe, la résistance changera de stratégie et optera pour la guérilla (embuscades, attentats).

Quelles sont les conséquences du siège sur la population ?

Ces dernières 48 heures, plus de 30 000 réfugiés ont rejoint les environs de la ville d’Azaz, à cinq kilomètres de la frontière turque. Le gouverneur de la province turque frontalière redoute que cette vague atteigne rapidement les 70 000 personnes. Jusqu’à présent, le gouvernement turc n’a pas autorisé l’entrée des Syriens poussés à l’exode, contraints de vivre dans des camps installés à la hâte. Les ONG distribuent des tentes, mais il fait froid (quatre degrés la nuit) et les hébergements, l’eau et les équipements sanitaires manquent. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré dimanche qu’il était finalement prêt à laisser entrer ces réfugiés « si nécessaire ». La Turquie accueille actuellement 2,7 millions de Syriens. 300 000 sont hébergés dans des camps, les autres sont livrés à eux-mêmes. Le siège d’Alep laisse craindre un nouvel afflux vers l’Europe.