20 février 2016

On revient au début

Le monde à l’heure du pétrole bon marché

Les grands pays pétroliers tentent de ralentir une chute qui a fait perdre 70 % au prix du baril en 18 mois. Comment la baisse des cours s’est-elle accélérée et quelle conséquence a-t-elle sur l’économie mondiale ?

Pourquoi le prix du pétrole est-il si bas ?

C’est un cas d’école de science économique : une offre qui augmente (montée en régime de la production américaine, retour du pétrole iranien), une demande qui baisse (ralentissement chinois). Conséquence : les prix chutent. L’Arabie saoudite (premier pays producteur) refuse de baisser sa production (moins de barils, donc augmentation des prix), craignant de perdre des parts de marché. Depuis 2014, le royaume a donc décidé de laisser jouer l’offre et la demande [€], persuadé que les pays qui produisent à des coûts plus élevés (États-Unis en tête) seraient forcés de baisser leur production, ce qui rééquilibrerait le marché.

Comment les prix sont-ils fixés ?

Les pétroles du monde entier sont comparés aux hydrocarbures de référence, dont les deux principaux sont cotés à la Bourse de Londres (Brent de la mer du Nord) et à New York (WTI américain). Les prix d’environ la moitié de la production de la planète s’alignent sur ces deux références. Par rapport à elles, chaque pétrole bénéficie d’une prime ou d’une décote en fonction de sa pureté. Un pétrole léger, dont la teneur en souffre est minimale, sera jugé comme excellent.

Le cartel de l’Opep ne joue-t-il pas aussi sur les prix ?

Les prix du pétrole sont également liés aux décisions de l’Opep, une organisation intergouvernementale réunissant 13 pays producteurs de pétrole (Arabie saoudite, Venezuela, Irak, Qatar, Émirats arabes unis, etc.). Les réserves de pétrole de ses pays membres atteignent 71,6 % des réserves mondiales. Mais son influence est limitée depuis les années 1990 et la réapparition de tensions entre ses membres (Arabie saoudite-Iran notamment).

Qu’est-ce que le pétrole de schiste ?

Les hydrocarbures traditionnels (pétrole, charbon, gaz) résultent de la transformation de matières organiques dans le sous-sol. S’ils n’arrivent pas à se déplacer vers des roches poreuses, ces hydrocarbures restent prisonniers dans le sol. Il faut alors utiliser la technique de la fracturation hydraulique (pression réalisée avec de l’eau, du sable et des produits chimiques) pour les extraire. Son usage est controversé à cause de l’impact environnemental. L’extraction est également plus coûteuse, ce qui le rend moins rentable lorsque les cours du pétrole sont bas.

Les États-Unis sont-ils une grande puissance pétrolière ?

Entamés au début des années 2000, les progrès dans l’extraction d’hydrocarbures de schiste ont conduit les États-Unis à la première place des producteurs de pétrole en 2014 (deuxième en 2015). Cette quantité rend les États-Unis moins dépendants du Moyen-Orient. Les stocks sont tels que le Congrès a levé le 1er janvier un embargo de 1975 qui empêchait l’exportation de pétrole américain. Contrairement aux pays de l’Opep, la production est assurée par des entreprises privées, guidées par leurs seuls intérêts et non par le gouvernement.

Que change la levée de l’embargo iranien ?

Depuis le 16 janvier, l’Iran profite de la levée des sanctions économiques à son encontre, conformément à l’accord sur le nucléaire conclu en juillet. Le pays dispose des troisièmes réserves mondiales et entend reprendre ses exportations au plus vite. Le tout en dépit de l’engorgement du marché et d’un prix du baril tombé sous les 30 dollars.

L’économie mondiale bénéficie-t-elle de cette baisse des prix ?

Selon le FMI, l’impact positif pour la croissance mondiale pourrait être de 0,8 point cette année, grâce notamment à la baisse des charges des entreprises (la baisse de leurs coûts de transport par exemple). Cependant, le secteur pétrolier américain a supprimé 100 000 emplois en 2015 et ses nombreuses entreprises privées sont fragilisées, déstabilisant les banques qui leur ont prêté de l’argent et pesant sur les marchés financiers. Les pays exportateurs du Golfe, dont les revenus ont chuté, tendent à limiter leurs commandes publiques et leurs importations en provenance des pays européens ou américains.

Quelles conséquences pour l’environnement ?

Une période prolongée de pétrole à bas coût n’incite pas les entreprises et les ménages à investir dans les énergies renouvelables. Ce renversement s’illustre par les ventes d’automobiles aux États-Unis, où les marques produisant des véhicules gourmands en carburant ont affiché une excellente croissance en 2015 (+25 % pour Jeep). Parallèlement, les ventes de véhicules électriques et hybrides ont chuté (-8 % et -16 %).