27 février 2016

On revient au début

La cruauté envers les animaux au cœur de l’industrie alimentaire

Un nouveau scandale de maltraitance animale a touché mardi un abattoir au Vigan, dans le Gard. La lutte contre la souffrance animale est l’une des causes du déclin de la consommation de viande en France. Comment l’abattage est-il encadré ? Comment les consciences se sont-elles réveillées ?

Depuis quand la cruauté envers les animaux est-elle interdite en France ?

Les actes de cruauté envers les animaux domestiques sont punis par le Code pénal depuis 1850. Le texte ne concernait que les actes réalisés en public jusqu’en 1959. Ils peuvent entraîner jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Cette loi concerne les animaux apprivoisés ou tenus en captivité, ce qui est le cas des animaux d’élevage.

Comment la législation encadre-t-elle l’abattage ?

Le Code rural (corpus juridique de l’agriculture) indique depuis 1964 que les abattoirs doivent être utilisés en épargnant toute souffrance évitable. L’animal doit être immobilisé mécaniquement puis étourdi. La saignée doit intervenir avant que l’animal reprenne conscience. Le contrevenant s’expose aux sanctions relatives à la cruauté envers les animaux. L’abattage rituel bénéficie d’une dérogation à l’obligation d’étourdir les animaux « relevant du libre exercice du culte ».

Les animaux sont-ils des êtres sensibles ?

Le Code rural déclare que les animaux sont des êtres sensibles depuis 1976 (loi L214, d’où le nom de l’association qui a diffusé la vidéo de l’abattoir du Vigan). Ce texte indique qu’ils peuvent éprouver du plaisir, de la peine, de l’angoisse ou encore de la souffrance. Le Code civil les définit comme des « êtres vivants doués de sensibilité » et non plus comme des « biens meubles » depuis l’an dernier.

Pourquoi le gavage des oies et canards ne tombe-t-il pas sous le coup de la loi ?

L’Union européenne interdit l’alimentation forcée des animaux. Toutefois, lors de l’adoption en 1999 d’une directive européenne concernant les canards et les oies, les pays producteurs de foie gras ont bénéficié d’une dérogation. Aujourd’hui cinq pays européens produisent du foie gras : la France (72 % de la production mondiale), la Bulgarie, la Hongrie, l’Espagne et la Belgique.

Comment la consommation de viande évolue-t-elle ?

Les Français consomment en moyenne 89 kilos de viande par an, selon l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Si c’est deux fois plus que depuis 1950, cette consommation a tendance à stagner ou diminuer en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Elle est en revanche en plein essor dans les pays en développement comme la Chine et l’Inde. Au niveau mondial, la consommation de produits carnés (viande fraîche, charcuterie, plats surgelés, conserves) a presque doublé depuis 1961, passant de 23,1 kilos par personne et par an à 42,2 kilos en 2011.

Les scandales alimentaires ont-ils une incidence sur la consommation ?

Dans un sondage réalisé fin 2015 pour 60 millions de consommateurs, 35 % des Français qui déclarent manger moins de viande évoquent le souci du bien-être animal. 26 % les scandales alimentaires. On se souvient de celui de la viande de cheval en 2013, qui se trouvait dans des lasagnes estampillées « pur bœuf ». Les images diffusées en octobre par l’association L214 dans un abattoir à Alès, puis au Vigan cette semaine, ont une nouvelle fois dévoilé des pratiques cruelles (animaux mal étourdis, décharges électriques inutiles, etc.).

Comment les mouvements végétariens ont-ils pris leur essor ?

Le végétarisme est une pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale. Le végétalisme supprime également les sous-produits d’origine animale (produits laitiers, œufs, miel, etc.) et le véganisme les produits issus de leur exploitation comme la laine ou la soie. Les premières traces du végétarisme remontent au VIIIe siècle avant notre ère, chez les hindous et sont liées à la croyance dans la réincarnation. Les mouvements actuels sont davantage liés à la protection des animaux.

Quel est l’impact de la viande sur l’environnement ?

Les bovins émettent du protoxyde d’azote et du méthane lors de leur digestion. Les élevages intensifs entraînent souvent une dégradation de la qualité de l’eau (nitrates et phosphore provenant de l’épandage de lisier et fumier). Le coût environnemental de la consommation de viande englobe aussi celui des cultures destinées à nourrir les animaux : consommation d’eau (15 000 litres pour produire un kilo de bœuf) et substitution des forêts par des cultures. 70 % des surfaces cultivées sont réservées à l’élevage.