11 mars 2016

Tout s’explique

Les armes chimiques du groupe État islamique

Quelles sont les preuves que l’EI utilise des armes chimiques ?

Le représentant américain de la coalition internationale contre le groupe État islamique (EI) a annoncé hier le bombardement d’installations d’armes chimiques en Irak. La localisation des cibles a été révélée par Souleimane Daoud al-Bakkar, un spécialiste en armement de l’EI capturé la semaine dernière, a-t-il précisé. En février, le directeur de la CIA a assuré que l’organisation djihadiste avait utilisé des armes chimiques en Irak et en Syrie. Le gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien assure que du gaz moutarde a été employé lors de deux attaques en août. Un diplomate, sous couvert d’anonymat, a annoncé fin février à Reuters que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (rattachée à l’ONU) allait prochainement le confirmer en publiant le résultat de ses analyses.

Mais au fait, c’est quoi des armes chimiques ?

Une arme chimique est, par définition, une arme utilisant des produits chimiques, toxiques pour les êtres humains. Le gaz moutarde prétendument utilisé par l’EI inflige des brûlures aux yeux, à la peau et aux muqueuses, y compris à travers les vêtements. Sa première fonction est d’être fortement incapacitant, mais il peut tuer s’il est utilisé en grande quantité. L’armée allemande a été la première à en faire usage en 1917. Célèbre depuis qu’il a été utilisé en 1995 lors d’un attentat dans le métro de Tokyo, le gaz sarin tue ou laisse de graves séquelles neurologiques. Parmi les plus nocifs, le gaz VX est dix fois plus puissant que le sarin et peut tuer en quelques minutes.

Les djihadistes ont-ils les compétences pour en fabriquer ?

Olivier Lepick, chercheur et historien des armes chimiques, expliquait fin février dans Le Monde que l’EI était capable de fabriquer – au moins en quantités limitées – du gaz moutarde, dont la formule est connue depuis près d’un siècle. Il rappelle qu’Al-Qaïda avait fait usage de bombes au chlore sur la population irakienne en 2006 (entraînant de graves suffocations). « L’intérêt de l’État islamique est avant tout psychologique, explique-t-il. Plus qu’un intérêt militaire, à relativiser, le but est d’avant tout de terroriser l’adversaire et les populations. »