12 mars 2016

On revient au début

5 ans après Fukushima

Le 11 mars 2011, un tsunami dévastait la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. Où en est la reconstruction ? Quelles conséquences a eu cet événement sur la santé de la population ? Quel impact a-t-il eu sur le développement de l’énergie nucléaire ?

Comment l’accident s’est-il produit ?

Le 11 mars 2011, la centrale japonaise de Fukushima a subi deux catastrophes naturelles exceptionnelles : un séisme de magnitude 9, le plus violent au Japon depuis 1900, puis un tsunami avec des vagues de plus de 13 mètres sur cette portion de la côte est. Ces événements ont coupé l’alimentation électrique nécessaire au refroidissement des réacteurs de la centrale. Trois d’entre eux ont explosé, libérant des matières radioactives dans l’environnement.

Pour quelles pertes humaines ?

Les explosions des trois réacteurs n’ont fait aucun mort. En revanche, dans la province de Fukushima, le stress de l’évacuation ou la dégradation des conditions de vie ont provoqué le décès indirect de 1 656 personnes, selon les chiffres officiels. La province de Fukushima présente ainsi la particularité de compter plus de morts liées à la catastrophe nucléaire qu’au tsunami qui y a tué 1 607 personnes (18 079 morts dans tout le Japon).

Comment s’organise le démantèlement de la centrale ?

Le démantèlement de la centrale, à la charge de l’opérateur Tepco, doit s’étaler sur une quarantaine d’années [€]. Il faut d’abord assainir le lieu, avant d’enlever les infrastructures à proprement parler. Près de 10 000 ouvriers se relaient depuis 2011 pour évacuer les débris et injecter constamment un flux d’eau pour refroidir les réacteurs endommagés. Cette eau irradiée est ensuite stockée dans des réservoirs installés aux alentours. Les zones à proximité sont extrêmement radioactives et des rejets en eaux contaminées se poursuivent dans l’océan Pacifique.

Comment ça se passe pour les populations évacuées ?

De nombreuses villes ont été évacuées au printemps 2011, dont toutes celles situées dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Plus de 110 000 personnes se sont installées aux alentours et attendent encore la levée des interdictions pour rentrer chez elles. En septembre dernier, le retour dans la ville de Naraha (à 30 km de la centrale) a été autorisé, mais seulement 10 % des habitants s’y sont résolu. Après la catastrophe, de nombreuses cultures locales (riz, champignons, pêche, etc.) ont été déclarées impropres à la consommation. Les autorités contrôlent régulièrement le niveau de contamination et lèvent petit à petit les interdictions.

Observe-t-on une augmentation des maladies ?

Un rapport publié mercredi par deux ONG américaines redoute plusieurs dizaines de milliers de cancers directement liés aux radiations. Il indique aussi que 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués d’une forme agressive ou généralisée de cancer de la thyroïde. Pour une population de cette taille (300 476 mineurs), on enregistre normalement un à cinq cas par an, soulignent les auteurs. 25 000 ouvriers de décontamination ont quant à eux subi des doses trop élevées de radiation.

La catastrophe a-t-elle mis un frein au développement du nucléaire dans le monde ?

En réaction au drame, Angela Merkel a ordonné l’abandon du nucléaire par l’Allemagne d’ici 2022 (14 ans plus tôt que prévu). L’Allemagne est le seul pays industrialisé à avoir pris une telle décision. La France, qui a voté en 2015 une loi sur sa transition énergétique, s’est engagée à réduire de 75 % à 50 % sa part de nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025.

Quelles conséquences sur la politique énergétique japonaise ?

Le gouvernement japonais a progressivement ordonné l’arrêt des 54 réacteurs du pays. La part du nucléaire dans la production d’électricité était de 29 % avant Fukushima. Pour pallier ce manque, le Japon a augmenté ses importations de pétrole et de gaz, ce qui a eu pour conséquence d’augmenter les prix de l’électricité : +24,4 % pour les particuliers et +35,6 % pour les industriels entre 2009 et 2014. En 2014, la balance commerciale japonaise affichait un déficit de 97 milliards d’euros, contre 24 milliards en 2011.

Le Japon peut-il se passer du nucléaire ?

Malgré une forte opposition populaire, le Japon a rallumé deux réacteurs en août dans l’ouest du pays. Le projet de relance est vivement soutenu par le Premier ministre Shinzo Abe qui s’est posé en grand défenseur du nucléaire. « Notre pays, pauvre en ressources, ne peut se passer de l’énergie nucléaire pour se garantir un approvisionnement régulier en énergie, tout en tenant compte des considérations économiques et du changement climatique », a-t-il déclaré jeudi.