19 mars 2016

On revient au début

Cinq ans de guerre en Syrie

Lancé par des manifestations pacifiques le 15 mars 2011, le mouvement d’opposition au président syrien Bachar el-Assad s’est mué en un conflit confessionnel et international. Comment a évolué la répartition des forces dans le pays ? Quel rôle ont joué les pays étrangers impliqués dans le conflit ? Comment la population survit-elle ?

Quelle était la situation du pays avant le début du conflit ?

La Syrie est gouvernée par la famille el-Assad depuis que Hafez el-Assad a pris le pouvoir en 1970. Sa présidence a été marquée par le massacre de Hama en 1982 : des milliers de partisans des Frères musulmans ont été assassinés en organisant un soulèvement. C’est son fils, Bachar, qui lui succède en 2000. Son régime est autoritaire et structuré autour du parti unique Baas. La famille el-Assad est de confession alaouite, une branche dissidente du chiisme, tandis que la population du pays est à majorité sunnite.

Qu’est-ce qui entraîne le soulèvement populaire ?

La Syrie voit une partie de sa population se soulever en 2011 dans le sillage du Printemps arabe. Ces manifestations sont majoritairement pacifiques. Elles interviennent juste après les chutes de Zine El-Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte. Mais Bachar el-Assad refuse de connaître le même sort. L’arrestation et la torture de 15 jeunes adolescents, auteurs en février 2011 d’un graffiti hostile au régime, ont renforcé la détermination de l’opposition.

Comment le gouvernement choisit-il de réagir ?

Les forces de l’ordre tuent des centaines de personnes lors des manifestations. L’armée utilise des tanks et bombarde la population, notamment à Homs. Bachar el-Assad justifie ces mesures au nom de la lutte antiterroriste. Les manifestants les plus radicaux répondent en fomentant des attentats contre des militaires. Certains d’entre eux changent de camp : le colonel Riyad al-Asaad fonde l’Armée syrienne libre en juillet 2011, la principale force armée d’opposition. L’ONU comptabilise 9 000 morts lors de la première année.

Comment la communauté internationale tente-t-elle de désamorcer la crise ?

Dès août 2011, Washington et Bruxelles appellent Bachar el-Assad à la démission. Le Conseil de sécurité de l’ONU examine une résolution allant dans ce sens début 2012. Mais la Russie et la Chine opposent leur veto. La Russie est une alliée fidèle du régime syrien et la Chine s’oppose à toute forme d’ingérence. La multiplication des massacres de civils pousse les pays occidentaux à rompre leurs relations avec Damas. La bataille d’Alep, deuxième ville du pays, commence en juillet 2012. C’est aujourd’hui le plus important bastion rebelle.

Qui aide les rebelles syriens ?

Les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, arment directement l’opposition. Les États-Unis n’interviennent pas directement mais proposent leur aide en déployant des militaires dans la Jordanie voisine. Ils y forment des combattants de la rébellion. François Hollande a révélé début 2016 que la France livrait des armes lourdes depuis 2012, malgré un embargo imposé par l’UE à tout le territoire syrien. La Russie, l’Iran et le groupe armé chiite libanais Hezbollah viennent en aide de leur côté à Bachar el-Assad. L’ONU comptabilise un total de 60 000 morts au début 2013.

Pourquoi l’utilisation d’armes chimiques ne déclenche-t-elle pas une intervention internationale ?

Le 21 août marque un tournant dans le conflit, avec l’utilisation par le régime d’armes chimiques à Damas. Barack Obama et François Hollande s’étaient engagés en 2012 à ce que le franchissement de cette « ligne rouge » entraîne une intervention militaire. Mais Barack Obama préfère finalement laisser la responsabilité de la décision à un Congrès opposé à toute nouvelle guerre. Après avoir déclaré que « la France est prête à punir », François Hollande est contraint de faire marche arrière.

Comment les organisations djihadistes se sont-elles développées ?

L’instabilité politique et l’oppression du régime à l’égard de la population sunnite favorisent l’émergence de groupes djihadistes radicaux. Le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, fait son apparition début 2012. Le groupe État islamique (EI) rentre en Syrie depuis l’Irak en avril 2013 et accapare peu à peu des pans entiers du territoire. Il supprime la frontière irako-syrienne à l’été 2014 et proclame l’instauration d’un califat. L’EI contrôle les puits pétroliers et administre une région peuplée de 10 millions de personnes. Les États-Unis lancent pour la première fois des frappes aériennes contre l’EI en Syrie en septembre 2014. La France commencera à le bombarder en septembre 2015.

Quelles cibles les différentes coalitions visent-elles en Syrie ?

En réponse aux attentats du 13 novembre, les frappes aériennes s’intensifient contre l’EI, responsable des attaques de Paris. Les pays occidentaux envisagent une plus grande coordination avec la Russie. Mais alors que la France et les États-Unis visent des cibles stratégiques de l’EI (camps d’entraînement, stocks de munitions, ressources), la Russie protège les forces de Bachar el-Assad en bombardant essentiellement les rebelles. La Turquie s’en prend quant à elle particulièrement aux milices kurdes proches de sa frontière.

Un règlement diplomatique est-il possible ?

Un cessez-le-feu globalement respecté est en place depuis le 27 février. Il exclut les djihadistes, toujours combattus. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution mi-décembre prévoyant des négociations de paix entre le pouvoir et l’opposition. Elle prévoit un gouvernement de transition dans les 6 mois, ainsi que des élections dans les 18 mois. Le sort réservé à Bachar el-Assad cristallise les difficultés pour obtenir un succès : les Occidentaux souhaitent son départ, tandis que la Russie veut le faire participer à la transition.

Quel est le bilan de la crise humanitaire ?

Les différentes organisations évaluent le bilan humain entre 200 000 et 470 000 victimes. Les chiffres diffèrent selon que l’on prend en compte les personnes disparues dans les prisons ou retenues en otage par les djihadistes. Le régime de Damas ne communique pas sur ses pertes. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays atteint 7,6 millions. 3,2 millions sont réfugiées dans des pays voisins (Turquie, Liban, Jordanie). En 2015, la moitié du million de migrants arrivés en Europe était syrienne.