26 mars 2016

On revient au début

Cuba-États-Unis : 55 ans de rivalité

Barack Obama a effectué en début de semaine la première visite à Cuba d’un président américain depuis 1928. Comment est née la rivalité entre ces deux pays ? Qu’est-ce qui a permis d’atténuer les tensions ces derniers mois ? Quels problèmes restent à régler ?

Dans quelles conditions Cuba obtient-elle son indépendance ?

Cuba obtient son indépendance de l’Espagne en 1898, grâce aux pressions des États-Unis. Cette indépendance est mise à mal par le Congrès américain qui vote l’amendement Platt en 1901. Ce texte, également inscrit dans la Constitution cubaine, offre aux États-Unis un droit d’ingérence dans les affaires du pays et y autorise l’installation de bases navales. Celle de Guantanamo est construite en 1903.

Comment les États-Unis exercent-ils leur influence pendant les premières années ?

Cuba et les États-Unis sont extrêmement liés jusqu’en 1959. Les richesses de l’île (sucre, tabac, banane) sont essentiellement détenues par des sociétés américaines qui exportent vers leur pays d’origine. Une grande partie de la population sombre dans la pauvreté. Parallèlement, la mafia américaine se développe dans la capitale, contrôlant les casinos, la drogue et la prostitution. Le deuxième volet du film « Le Parrain » décrit ces événements.

Comment Fidel Castro prend-il le pouvoir ?

Fidel Castro renverse le dictateur Fulgencio Batista en 1959, au terme de trois années d’une guérilla démarrée dans les montagnes cubaines. Il appuie sa conquête sur le soutien des paysans, confrontés à la misère et à la répression du régime. Parmi ses lieutenants : son frère cadet Raul Castro, aujourd’hui à la tête du pays, et l’Argentin Ernesto « Che » Guevara.

Pourquoi Cuba et les États-Unis rentrent-ils en confrontation ?

Au départ, Fidel Castro dit ne pas vouloir s’orienter vers le communisme et souhaite garder des relations cordiales avec les États-Unis. Mais l’atmosphère se tend en 1960 lorsqu’il décide de nationaliser de grandes entreprises américaines. En réponse, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques en janvier 1961. Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev offre son aide financière et diplomatique. Castro se proclamera publiquement communiste en décembre 1961.

Qu’est-ce que l’invasion de la baie des Cochons ?

Près de 1 400 exilés cubains, soutenus par les États-Unis, tentent d’envahir Cuba en avril 1961 par la baie des Cochons. Leur but est de renverser Fidel Castro avec le soutien de la population. Mais ils débarquent dans une région où les habitants ont bénéficié des réformes agraires mises en place par le gouvernement. Les anticastristes ne reçoivent pas le soutien populaire attendu et se rendent au bout de deux jours.

De quand date l’embargo ?

Après cet échec, le président John Kennedy décide d’imposer un embargo à Cuba début 1962. Il interdit tout échange commercial entre les deux pays. L’embargo est partagé par les alliés occidentaux des États-Unis. Cuba est ainsi presque totalement isolé, ce qui conduit l’Union soviétique à augmenter son aide financière.

Comment Cuba est-elle utilisée par l’URSS pendant la guerre froide ?

Cuba accepte à la fin 1962 d’installer sur son sol des missiles nucléaires soviétiques pointés vers les États-Unis. En réponse, John Kennedy menace de lancer depuis la Turquie des missiles américains sur l’URSS. Cet épisode de la « crise des missiles de Cuba » dure 13 jours et devient l’un des temps forts de la guerre froide. Une issue diplomatique est trouvée avec le retrait des missiles et la promesse que les États-Unis n’envahiront jamais Cuba.

Comment la population hostile à Castro réagit-elle ?

En raison de la répression dont ils sont victimes, de nombreux opposants politiques cherchent à quitter le pays. Ils tentent de traverser les 150 km qui les séparent de Miami au moyen d’embarcations sommaires. Ce phénomène de « boat people » atteint son pic en 1980 lors de l’exode de Mariel, lorsque 125 000 opposants au régime sont expulsés de Cuba et se rendent aux États-Unis qui leur promettent l’asile politique. Plus de 650 000 Cubains ont émigré en Floride depuis 1959. Marco Rubio, sénateur de cet État et ex-candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de 2016, est le fils d’émigrés cubains.

Comment les États-Unis gèrent-ils la question cubaine à la chute de l’URSS ?

Le gouvernement de George Bush fait voter en 1992 la loi Torricelli, qui intensifie les sanctions contre Cuba. Elle interdit l’entrée aux États-Unis pendant six mois à tout navire accostant dans un port cubain. Elle impose aussi des sanctions financières à tout pays apportant une assistance à Cuba.

Qu’est-ce qui pousse Washington à reconsidérer l’embargo ?

Peu à peu assoupli au début des années 2000, l’embargo est remis en cause par Barack Obama à partir de 2009. L’arrivée au pouvoir en 2008 de Raul Castro, décidé à réformer le pays et faire sortir la population de la pauvreté, favorise le dégel. Une poignée de main historique a lieu entre les deux hommes lors des obsèques de Nelson Mandela en 2013. Les relations diplomatiques reprennent officiellement en juillet 2015. Cuba est retirée de la liste des pays soutenant le terrorisme.

Que reste-t-il à régler ?

De nombreux volets de l’embargo ont été levés (tourisme américain, exportation de matériel informatique, etc.). Cependant, plusieurs dispositions sont toujours en vigueur, comme l’interdiction des liens commerciaux avec les ex-entreprises américaines nationalisées dans l’industrie pétrolière, les télécommunications ou les banques. Barack Obama espère que le Congrès votera la fin complète de l’embargo avant la fin de son mandat en janvier 2017. Le président américain a également rappelé, lors de son voyage cette semaine, les divergences entre les deux pays au sujet des droits de l’homme.