2 avril 2016

On revient au début

Le Canada de Justin Trudeau

Le nouveau gouvernement canadien a présenté la semaine dernière un budget ambitieux issu d’une campagne électorale riche en promesses. Accueil des réfugiés syriens, libéralisation des drogues douces, suppression de la déchéance de nationalité pour les terroristes… Après cinq mois au pouvoir, quelles réformes le Premier ministre Justin Trudeau a-t-il mises en œuvre ?

Que représente le nom de Trudeau pour les Canadiens ?

Les Trudeau sont, à la manière des Kennedy aux États-Unis, une dynastie de grands dirigeants politiques. Justin Trudeau est le fils de Pierre-Elliott Trudeau, Premier ministre entre 1968 et 1984. Il a marqué l’histoire de son pays en imposant le bilinguisme et le multiculturalisme, tout en luttant contre les velléités indépendantistes du Québec. C’est sous son mandat qu’a été abolie la peine de mort. Il a formé avec Margaret, de 30 ans sa cadette, un couple glamour au début des années 1970, renforçant sa notoriété à travers le monde.

Comment Justin Trudeau est-il arrivé en politique ?

Justin Trudeau, 44 ans, a suivi un parcours hétéroclite pour un responsable politique. Il est diplômé en littérature et en éducation. Il a enseigné le snowboard, les mathématiques, le français et s’est essayé au métier d’acteur dans un téléfilm sur la Première Guerre mondiale. Ce n’est qu’en 2008 qu’il se lance en politique et devient député d’une circonscription populaire de Montréal. Son ascension est rapide : il prend la tête du Parti libéral canadien (centre gauche) en 2013.

Comment a-t-il bâti sa victoire aux élections ?

Il remporte les élections fédérales canadiennes en octobre 2015, avec un programme en faveur des classes moyennes. Le candidat fait campagne en expliquant qu’il gouvernera avec un déficit budgétaire volontaire afin de relancer les dépenses d’infrastructures publiques. Le Parti libéral met un terme à dix années de pouvoir de Stephen Harper, le précédent Premier ministre conservateur.

Comment compose-t-il son gouvernement ?

Son équipe gouvernementale illustre le changement qu’il prétend représenter. Elle respecte la parité et plusieurs postes importants sont alloués à des femmes (Justice, Commerce international, etc.). Quatre ministres (dont celui de la Défense) sont de confession sikhe (une religion originaire d’Inde) et deux d’entre eux arborent ainsi barbe et turban. Une autochtone est nommée à la Justice, une première, et deux ministres ont un handicap (l’une est aveugle, l’autre est en fauteuil roulant). Autre changement significatif : 16 des 30 ministres ont choisi de ne pas prononcer le traditionnel « Ainsi Dieu me soit en aide » lors de leur prestation de serment.

Quels sont ses actes en faveur des minorités et des réfugiés ?

Les premières actions du gouvernement Trudeau tranchent avec les politiques européennes. Il a déposé un projet de loi supprimant la déchéance de nationalité des binationaux condamnés pour actes de terrorisme ou crimes contre l’intérêt national. Cette mesure avait été adoptée un an auparavant par les conservateurs. Un programme de parrainage a permis à 25 000 réfugiés syriens d’être intégrés à des familles canadiennes en quatre mois. Ce quota devrait être relevé d’au moins 10 000 personnes, a annoncé jeudi le ministre de l’Immigration.

Quelle est sa position sur la guerre contre le groupe État islamique ?

Le Canada a mis fin le 22 février à ses frappes aériennes contre l’organisation terroriste, retirant les six chasseurs F18 engagés au sein de la coalition internationale. « La meilleure façon de promouvoir une stabilité à long terme dans la région, c’est d’aider les gens locaux à combattre contre les terroristes et à regagner leurs terres et leur pays », a déclaré Justin Trudeau. Il a annoncé l’envoi sur place de militaires affectés à la formation et au renseignement. S’agissant des attentats organisés par le groupe en Europe, il s’est démarqué des dirigeants français en refusant d’employer le mot guerre : par définition, une guerre peut être gagnée par une partie ou l’autre, alors qu’il n’y a « aucune voie par laquelle l’État islamique peut gagner contre l’Occident », a-t-il expliqué après les attentats de Bruxelles.

Que propose-t-il sur le plan économique ?

Justin Trudeau a présenté un budget volontairement déséquilibré la semaine dernière, avec un déficit de 29 milliards de dollars en 2016 (après -5,2 milliards en 2015). Le creusement provient d’une hausse des dépenses publiques : aide aux familles les plus pauvres, assouplissement des conditions d’obtention de l’assurance chômage, investissements dans les infrastructures (120 milliards de dollars), annulation du report de l’âge de départ à la retraite à 67 ans et bonification des bourses d’études. Le déficit doit progressivement revenir à 14,3 milliards de dollars en 2020, selon les projections du gouvernement.

Quelles sont les autres réformes prévues ?

Le nouveau chef d’État prévoit de légaliser l’usage récréatif de la marijuana, ce qui ferait du Canada le premier pays du G7 (regroupant les sept plus grandes puissances économiques du monde) à prendre une telle décision. Il estime que le système actuel rend la drogue plus facilement accessible aux mineurs, au contraire de l’alcool et du tabac. La mise en place de cette promesse nécessitera du temps, car les provinces auront leur mot à dire.

Son style se compare-t-il à celui de Barack Obama ?

Les deux chefs d’État nord-américains partagent un sens aigu de la communication et de l’utilisation des réseaux sociaux. En visite officielle à la Maison-Blanche mi-mars, Justin Trudeau et son homologue américain ont affiché une grande complicité. Le Washington Post a parlé de « bromance », une contraction de « bro » (mec) et « romance », pour décrire la proximité entre les deux hommes.