15 avril 2016

Tout s'explique

Le bilan des fermetures de mosquées radicalisées

Pourquoi la mosquée de Brest n’a-t-elle pas été fermée ?

Invité de l’émission « Dialogues citoyens » hier soir sur France 2, François Hollande a affirmé à tort que la mosquée Sunna de Brest avait été fermée pour radicalisation. Le Centre culturel et islamique de Brest (CCIB), dont dépend le lieu de culte, a contredit ce matin le chef de l’État dans un communiqué. La mosquée est toujours active. Son imam Rachid Abou Houdeyfa est connu pour avoir diffusé une vidéo sur Internet en mai 2014, dans laquelle il déclare que ceux qui écoutent de la musique « seront transformés en porcs ou en singes ». Le CCIB explique que l’imam s’inscrit « dans l’orthodoxie classique sunnite », de tendance « traditionaliste, modérée, quiétiste, pacifique et apolitique ». La mosquée a fait l’objet d’une perquisition le 20 novembre, sans que celle-ci apporte d’éléments permettant d’en obtenir la fermeture.

Sur quels critères les pouvoirs publics s’appuient pour de telles décisions ?

La loi permet de dissoudre les associations et fermer les lieux qui s’en prennent aux valeurs de la République. Des preuves d’appels à la haine ou à la violence sont nécessaires, ce qui n’est pas toujours évident, notamment pour l’imam de Brest. S’il qualifie la musique de « créature du diable », ces paroles n’appellent pas explicitement à la haine et relèvent davantage de la liberté d’expression. L’état d’urgence, déclenché après les attentats de Paris et de Saint-Denis, élargit le champ de la loi en autorisant la fermeture de lieux en raison de « risques sérieux d’atteinte à la sécurité ». C’est le motif invoqué pour les trois fermetures de mosquée décidées depuis novembre. La fermeture n’est valable que le temps de l’état d’urgence, sauf si des preuves plus consistantes apparaissent.

Combien de mosquées ont-elles été fermées depuis le 13 novembre ?

Les trois mosquées fermées depuis le déclenchement de l’état d’urgence se trouvent à Arbresle (Rhône), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne). Pour cette dernière, des documents faisant l’éloge des « martyrs » ont été découverts chez un fidèle. Certains de ses ex-gestionnaires sont suspectés de participer à l’envoi de combattants en Irak et en Syrie. Depuis 2010, l’imam Mahomed Hammoumi y dispensait des prêches incitant au djihad. Il a quitté la France fin 2014. Le ministère de l’Intérieur a déclaré fin février que la mosquée rouvrira quand il aura la certitude que sa gestion sera assurée par des personnes dépositaires d’un « islam républicain ».