28 avril 2016

Tout s'explique

Poussée par l’extrême droite, l’Autriche restreint le droit d’asile

Quelle mesure a été adoptée par le Parlement ?

Les députés autrichiens ont adopté hier une loi prévoyant la possibilité de décréter un état d’urgence migratoire. S’il le juge nécessaire, le gouvernement pourra bloquer pendant deux ans les migrants à sa frontière sans leur laisser la possibilité de déposer une demande d’asile. Pour être reçus, ils devront prouver qu’ils sont persécutés dans le pays par lequel ils sont arrivés. Cela signifie que les Syriens ou les Afghans, qui passent par l’Italie ou les Balkans pour atteindre l’Autriche, ne pourront voir leur demande aboutir. Seules exceptions : les individus ayant de la famille en Autriche, les mineurs non accompagnés et les femmes avec des enfants en bas âge. Tous les demandeurs d’asile acceptés verront leur situation réexaminée au bout de trois ans : si leur pays n’est plus en guerre, ils devront y retourner.

Comment sa politique d’accueil a-t-elle évolué ?

L’Autriche a accueilli 90 000 réfugiés en 2015, soit plus de 1 % de sa population totale. Seule la Suède a fait mieux dans l’UE. La France, par exemple, a promis d’accueillir 30 000 personnes en deux ans. Vienne a depuis progressivement refermé ses portes, l’État limitant sa capacité d’accueil à 36 500 personnes pour l’année 2016. Le gouvernement se justifie en pointant le manque de solidarité dans les autres pays européens pour se partager l’accueil des migrants. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, en visite dans la capitale autrichienne, a critiqué ce matin cette nouvelle politique.

Quelle incidence la crise des migrants a-t-elle sur la vie politique ?

L’extrême droite autrichienne est arrivée en tête, dimanche, du premier tour de l’élection présidentielle. Norbert Hofer a recueilli 36,4 % des voix, soit le meilleur résultat du FPÖ à une élection nationale depuis la Seconde Guerre mondiale. Il fera face le 22 mai à un candidat indépendant soutenu par les écologistes. La question migratoire et celle du chômage ont dominé la campagne. Le rôle du président est surtout protocolaire en Autriche, même s’il nomme le chancelier et peut sous certaines conditions dissoudre l’assemblée. Le pays reste gouverné par une coalition droite-gauche comme en Allemagne.