7 mai 2016

On revient au début

La Corée du Nord, l’unique monarchie communiste

Le parti communiste nord-coréen se réunit ce week-end en congrès, une première en 36 ans. Comment l’un des régimes les plus fermés au monde est-il dirigé ? Comment la dynastie des Kim parvient-elle à conserver sa mainmise ? Le pays représente-t-il un vrai danger ?

Pourquoi y a-t-il deux Corée ?

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la Corée est coupée en deux, avec une zone d’occupation soviétique au Nord et américaine au Sud. Comme en Allemagne, cette situation aboutit à la naissance de deux États distincts, en 1948. Une guerre les oppose entre 1950 et 1953. Au moins deux millions de personnes sont tuées. La frontière entre les deux États est actuellement fixée aux alentours du 38e parallèle.

Comment la dictature communiste a-t-elle été instaurée ?

Kim Il-sung, grand-père du dirigeant actuel Kim Jong-un, fait ses armes dans la résistance contre les troupes japonaises, qui ont colonisé la Corée entre 1905 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il passe une grande partie de sa vie en Chine et n’est pas connu dans son pays natal. Lors du partage de la Corée au moment de la reddition du Japon, il prend le pouvoir, soutenu par Staline. Il instaure un régime communiste basé sur l’indépendance et l’autosuffisance.

Comment les dirigeants nord-coréens appliquent-ils le culte de la personnalité ?

Déjà très développé sous le règne de Kim Il-sung, il est exacerbé par son fils Kim Jong-il qui lui succède en 1994. Selon la mythologie officielle, ce dernier est né au sommet du mont Paektu, lieu mythique de la fondation de la Corée. Une étoile serait apparue dans le ciel et un arc-en-ciel aurait salué sa venue au monde. Ce mythe est apparu au début des années 1980 pour préparer la succession. Kim Il-sung bénéficie du titre de « Professeur de l’humanité tout entière », Kim Jong-il de « Soleil de la nation », Kim Jong-un de « Grand Soleil du XXIe siècle ».

Qu’est-ce qui distingue la Corée du Nord des autres régimes communistes ?

C’est l’unique dynastie communiste de l’histoire. Le sacré occupe également une place importante dans le régime nord-coréen, qui s’est écarté du marxisme-léninisme pour intégrer à son idéologie des éléments de la culture traditionnelle. Il conserve en revanche le même type d’organisation que celui des autres pays communistes : un parti unique, une structure pyramidale ou encore une idéologie obligatoire.

Comment la succession héréditaire des dirigeants est-elle justifiée ?

Dès les années 1970, l’obsession du pouvoir pousse Kim Il-sung à n’envisager qu’un seul successeur digne de lui : son fils Kim Jong-il. Ce dernier reproduit le même schéma, mais écarte ses deux premiers garçons, dont les profils ne sont pas jugés adaptés. S’inspirant des purges monarchiques, chaque succession est l’occasion d’exécutions de hauts dirigeants. Kim Jong-un a notamment fait fusiller son oncle en décembre 2013, un an après son arrivée au pouvoir, a rapporté l'agence de presse officielle du pays. Le seul membre connu de la quatrième génération des Kim a 20 ans et étudiait en 2013 dans une antenne de Sciences Po au Havre. Il a émis en 2012 des critiques à l’égard de la responsabilité de sa famille dans la souffrance des Nord-Coréens.

Comment l’État parvient-il à verrouiller la société ?

Le contrôle de la population est assuré depuis les années 1950 par un système de castes : le « Songbun ». Chaque citoyen est classé parmi cinq catégories, du plus loyal au plus hostile. Le niveau est principalement déterminé par les actes des ancêtres paternels lors de l’occupation japonaise et la guerre de Corée. Un excellent « Songbun » offre par exemple le droit de vivre dans la capitale ou d’accéder à l’université. Plusieurs témoins et spécialistes déclarent que ce système perd de son influence, certains fonctionnaires impliqués dans les décisions d'évolution de carrière jugeant injuste de faire payer aux descendants le prix des erreurs de leurs aïeux.

Quel est le niveau de vie de la population ?

Pyongyang ne publie aucune donnée économique. La Corée du Sud estime que la croissance du Nord a été de 1 % en 2014. Le pays demeure une nation extrêmement pauvre dont la richesse dégagée équivaudrait à 2,3 % de celle de la Corée du Sud, selon la banque centrale de cette dernière. Il existe un contraste important entre la qualité de vie observée dans la capitale et le reste du pays. L’ONU estime que les campagnes souffrent de graves problèmes de malnutrition. Le pays a enregistré plusieurs grandes famines dans son histoire : la dernière a été observée après la chute de l’URSS. L’agriculture manque cruellement du pétrole et des pesticides auparavant fournis par le voisin soviétique.

La Chine est-elle une alliée indéfectible ?

La Chine montre depuis plusieurs années des signes d’éloignement avec son voisin. Kim Jong-un n’a toujours pas rencontré le président chinois Xi Jinping, en fonction depuis 2013, tandis que ce dernier s’est déjà rendu en Corée du Sud. En décembre, la Chine avait appelé la Corée du Nord à faire des efforts pour maintenir la paix dans la région. Plusieurs universitaires chinois estiment que Pyongyang souhaite affirmer son indépendance auprès de Pékin en continuant à développer son programme nucléaire.

Quelles sont les relations diplomatiques entre les deux Corée ?

Officiellement, les deux États sont toujours en guerre. Plusieurs incidents ont émaillé leur relation pendant la Guerre froide, mais aussi lors de ces 20 dernières années (navires coulés notamment). Pyongyang et Séoul dialoguent ponctuellement et organisent depuis 1985 des réunions de familles séparées par la guerre de Corée. Ces retrouvailles chargées en émotions sont étroitement contrôlées et sont l’occasion pour le Nord de réclamer des concessions au Sud (aide humanitaire, pétrole, etc.). Plus d’un million de soldats surveillent jour et nuit la zone démilitarisée longue de 253 km qui sépare les deux pays.

Quelles sont les capacités nucléaires de l’armée nord-coréenne ?

La Corée du Nord a annoncé le 6 janvier être parvenue pour la première fois à faire exploser une bombe à hydrogène (bombe H). L’énergie dégagée par une bombe H est environ 1 000 fois supérieure à celle dégagée par la bombe A lancée sur Hiroshima. Les spécialistes ont mis en doute la maîtrise de cette technologie : les secousses enregistrées n’ont pas été assez élevées. La Corée du Nord a mené par le passé trois essais nucléaires en 2006, 2009 et 2013. Il est actuellement impossible de dire si le pays a la capacité de miniaturiser ses armes pour équiper des missiles. Le congrès qui s’est ouvert hier a été l’occasion pour le régime d’annoncer des « avancées sans précédent » dans ce domaine.