12 mai 2016

Tout s’explique

Le Brésil suspend sa présidente

Dilma Rousseff est-elle définitivement écartée du pouvoir ?

Les sénateurs brésiliens ont voté cette nuit par 55 voix contre 22 en faveur d’un procès de destitution de la présidente Dilma Rousseff. La délibération intervient moins d’un mois après un vote similaire des députés. La chef de l’État est désormais suspendue pour une période de 180 jours, remplacée par son vice-président Michel Temer. Dilma Rousseff doit quitter le siège de la présidence et voit son salaire divisé par deux. Elle a six mois pour se défendre et prouver qu’elle ne s’est pas rendue coupable d’un « crime de responsabilité », comme le lui reproche l’opposition. Elle risque de quitter définitivement le pouvoir si les deux tiers des sénateurs valident les accusations dans six mois. Dilma Rousseff a appelé les Brésiliens à « se mobiliser » contre ce qu’elle considère comme un « coup d’État ».

Comment va-t-elle pouvoir se défendre ?

Un procès va se dérouler au Sénat, sous la direction de Ricardo Lewandowski, le président du Tribunal suprême fédéral, un organe équivalent à la Cour suprême américaine (en France c’est le Parlement réuni en « Haute Cour » qui est chargé de destituer un président). L’opposition brésilienne reproche à Dilma Rousseff le maquillage des comptes publics afin de dissimuler l’ampleur du déficit en 2014, année de sa réélection. « On veut me destituer pour des questions techniques de comptabilité publique », se défend la présidente qui déclare que tous ses prédécesseurs y ont eu recours sans avoir été inquiétés.

Qui est son successeur ?

Michel Temer va diriger le Brésil pendant au moins six mois, voire jusqu’à la fin du mandat de Dilma Rousseff en 2018 si le Sénat la destitue. Il était jusque début avril le chef du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), une formation centriste membre de la coalition au pouvoir avant de la quitter le 29 mars. Michel Temer a fait deux fois campagne au côté de Dilma Rousseff, qui le considère désormais comme l’un des principaux instigateurs de sa destitution. Il est lui aussi menacé par la justice : reconnu coupable la semaine dernière de dépassement des plafonds de financement de campagnes électorales, il risque huit ans d’inéligibilité.