27 mai 2016

Tout s'explique

Vers l’encadrement des salaires des patrons

Pourquoi le Medef presse-t-il Renault de revoir le salaire de son patron ?

Le président du Medef Pierre Gattaz a déclaré ce matin sur Europe 1 qu’il attendait une réaction du conseil d’administration de Renault. Le « patron des patrons » était interrogé sur le montant de la rémunération de Carlos Ghosn, le PDG du constructeur automobile. Ce dernier a reçu 7,2 millions d’euros en 2015, dont 1,7 million d’euros en salaire et le reste en actions ou stock-options, malgré l’avis négatif des actionnaires. Leur vote n’étant que consultatif, le conseil d’administration a choisi le 29 avril de ne pas en tenir compte. Hier, Les Échos ont révélé une lettre adressée à Renault par le Haut Comité de gouvernement d’entreprise, l’autorité patronale chargée de contrôler l’éthique des grandes entreprises. L’instance appelle à tenir compte de l’avis des actionnaires, sans quoi elle redoute que le gouvernement légifère sur la rémunération des patrons.

Comment la rémunération des patrons pourrait-elle être encadrée ?

Pour l’instant, aucun dispositif législatif ne limite le salaire des hauts dirigeants du privé (ceux du public sont plafonnés à 450 000 euros par an depuis 2012). L’affaire du salaire de Carlos Ghosn a néanmoins motivé le vote hier par l’Assemblée nationale d’un amendement spécifique dans le cadre de la loi Sapin 2 sur la transparence de la vie économique. Il compte rendre le vote des actionnaires contraignant pour le conseil d’administration. La loi Sapin 2 dans son ensemble sera examinée à l’Assemblée à partir du 6 juin.

Comment les salaires sont-ils encadrés à l’étranger ?

Plusieurs pays européens pratiquent le « say on pay », qui consiste à demander aux actionnaires de se prononcer sur la rémunération des dirigeants. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suède et en Norvège, ce vote est contraignant. Aux États-Unis, l’avis n’est que consultatif, mais la direction est tenue de justifier le montant de la rémunération. La Suisse impose quant à elle deux votes contraignants : l’un sur le montant global des rémunérations du conseil d’administration, l’autre sur celles des principaux cadres dirigeants. Le patron du groupe pharmaceutique suisse Novartis a ainsi vu son salaire diminuer de 8 % en 2015 après une baisse du chiffre d’affaires de 5 %. Il a tout de même perçu 10,5 millions d’euros.