2 juin 2016

Tout s’explique

L’Allemagne reconnaît le génocide arménien

Que signifie cette reconnaissance ?

Les députés allemands ont voté à la quasi-unanimité cet après-midi une résolution reconnaissant le génocide arménien. Seul un élu a voté contre et un autre s’est abstenu. Les parlementaires condamnent les massacres commis contre la population arménienne par l’Empire ottoman (devenu depuis la Turquie) entre 1915 et 1918. Entre 1,2 million et 1,5 million d’Arméniens vivant en territoire ottoman ont été tués. Le génocide est reconnu par la majeure partie des historiens (en dehors de la Turquie) et de nombreux pays, dont la France depuis 2001. La Turquie rejette le terme de génocide et préfère parler de « massacre » ou de guerre civile. Plusieurs pays, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël, ne reconnaissent pas le génocide arménien.

Pourquoi cette question est-elle difficile en Allemagne ?

Après 1945, le débat national allemand a été accaparé par la nécessité de solder l’héritage nazi, reléguant au second rang la question du génocide arménien. Ce silence s’explique aussi par la complicité du Reich de Guillaume II, principal allié de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale. Cet élément a été souligné dans le texte de la résolution votée par les parlementaires : le Reich « n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité », est-il indiqué. L’Allemagne compte par ailleurs près de deux millions de citoyens turcs vivant sur son territoire, auxquels s’ajoutent près de trois millions de citoyens allemands d’origine turque.

Quelle a été la réaction de la Turquie ?

La Turquie a immédiatement qualifié l’adoption du texte « d’erreur historique », tout en annonçant le rappel de son ambassadeur en Allemagne. Mardi, le président Recep Tayyip Erdogan avait laissé planer une menace sur les relations entre les deux pays en cas de reconnaissance du génocide. La Turquie est un partenaire clé pour Angela Merkel, qui tente d’endiguer le flux de migrants souhaitant rejoindre l’Allemagne. La chancelière n’a d’ailleurs pas participé au débat sur la résolution, tout comme son ministre des Affaires étrangères.