5 juillet 2016

Tout s’explique

La commission d’enquête sur le terrorisme révèle les failles du renseignement

Quelles sont les failles principales ?

Une commission d’enquête parlementaire, mise en place à la demande du parti Les Républicains, a rendu aujourd’hui son rapport sur l’action de l’État face aux attentats de janvier et de novembre 2015. Ce document s’appuie sur l’audition de quatre ministres et des directeurs des services de renseignement. Il pointe plusieurs failles : les trois assaillants du Bataclan étaient déjà connus, tout comme les frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo. Les députés estiment également que le renseignement pénitentiaire n’a pas fonctionné. Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher, s’est radicalisé en prison et n’a pas été surveillé à sa sortie. Enfin, le rapport pointe un manque de communication entre les différents services de renseignement, mis en évidence dans le suivi des frères Kouachi en 2013.

La commission juge-t-elle que les attentats du 13 novembre auraient pu être évités ?

Les députés membres de la commission estiment que non. Le Bataclan avait reçu des menaces et les enquêteurs avaient entendu parler d’un projet d’attentat contre une salle de concert, mais le rapporteur Sébastien Pietrasanta (PS) a expliqué que cela ne permettait pas d’anticiper l’attaque du 13 novembre. Selon lui, « cela aurait supposé que les magistrats et les agents du renseignement gardent en mémoire toutes les cibles mentionnées par les terroristes entendus. » « Rappelons que même les États-Unis n’ont pas pu éviter le terrible attentat d’Orlando, malgré les moyens immenses dont ils disposent », ajoute le député dans une interview au Monde.

Que propose la commission ?

La commission, dont le travail a été salué par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, préconise la création d’une agence nationale de lutte contre le terrorisme, rattachée à Matignon, chargée de coordonner l’ensemble des services antiterroristes. Elle s’inspirerait du National Counterterrorism Center (NCTC) instauré aux États-Unis après le 11-Septembre. Actuellement, les différents services dédiés à ce travail sont répartis entre les ministères de l’Intérieur et de la Défense. La commission recommande également un renforcement du renseignement de proximité en fusionnant les services qui y sont dédiés au sein de la police (SCRT, les ex-RG) et de la gendarmerie (SDAO). Enfin, elle estime que l’état d’urgence a une portée limitée et que l’opération Sentinelle, déployée en janvier 2015 pour protéger les lieux sensibles du territoire, n’a pas prouvé son efficacité.