14 septembre 2016

Tout s'explique

L’allemand Bayer rachète Monsanto

À quel géant cela va-t-il donner naissance ?

L’entreprise allemande Bayer, fabricant de produits chimiques et pharmaceutiques, a annoncé le rachat de Monsanto, la société américaine spécialiste des pesticides et semences OGM. La transaction s’élève à 66 milliards de dollars, c’est le montant le plus important payé par un groupe allemand. Bayer tentait de racheter Monsanto depuis plusieurs mois, mais la proposition n’avait pas été jugée satisfaisante jusqu’à présent. Quatre offres successives ont été déposées depuis le début de l’année. Déjà fortement présent dans le secteur des pesticides, Bayer se renforce dans les semences. En fusionnant, la nouvelle entité devient le leader mondial incontesté dans ces deux types de produits.

Quelles difficultés traverse Monsanto actuellement ?

Monsanto est une entreprise pionnière dans la production de plantes OGM. Ses premiers tests concluants remontent à 1982. La société produit également le Roundup, un puissant pesticide très utilisé en agriculture. Pourtant, Monsanto est en mauvaise santé : il a annoncé en janvier vouloir se séparer de 16 % de ses effectifs d’ici 2018. L’entreprise est confrontée à la chute des prix des matières premières agricoles, et donc à l’effritement du revenu des agriculteurs. Ces derniers achètent moins d’engrais, d’OGM et de pesticides. Le groupe souffre aussi de la hausse du dollar rendant ses produits moins compétitifs. La réputation du Roundup est également controversée, notamment depuis que l’Organisation mondiale de la santé a classé en mars 2015 sa substance active, le glyphosate, comme « cancérogène probable ».

Pourquoi assiste-t-on à une vague de fusions dans l’agrochimie ?

Aux États-Unis, les géants DuPont et Dow Chemical ont décidé en début d’année de fusionner, tandis que le chinois ChemChina a acquis le suisse Syngenta, en avril. Cette concentration du secteur est en partie liée à la nécessité de contrôler un maximum de brevets, dont ceux des OGM. Elle permet à ces nouvelles structures de vendre une plus grande variété de packs complets aux agriculteurs : semences, engrais et pesticides qui vont avec. « Aucun agriculteur ne peut se sentir bien à l’idée d’avoir autant de ses facteurs de production contrôlés par si peu d’entreprises », estimait en juin Pat Mooney, directeur de l’ONG canadienne ETC, qui surveille l’impact des technologies sur la biodiversité et l’agriculture.