24 septembre 2016

On revient au début

L’université ne sélectionne pas (ou presque)

À la suite de plusieurs requêtes d’une association lycéenne, le ministère de l’Éducation nationale va devoir dévoiler l’algorithme d’APB, le logiciel qui choisit les affectations post-bac des lycéens, soupçonné de sélection feutrée. Pourquoi la sélection à l’université est-elle illégale ? Quelles sont exceptions ? Quelles sont les limites du logiciel APB ?

À quand remonte le principe de non-sélection à l’université ?

La France a fait le choix de l’absence de sélection à l’entrée des universités en 1968. L’entrée à l’université exige seulement l’obtention du baccalauréat. C’est la principale différence entre les universités et les classes préparatoires aux grandes écoles. Dans ces filières, les notes au lycée sont prises en compte pour l’admission. Les Instituts universitaires de technologies (IUT), présents dans certaines universités, exigent aussi de bons résultats et un projet professionnel clair.

Quels problèmes l’absence de sélection pose-t-elle ?

Les universités sont confrontées à un engorgement : certaines filières sont très demandées (droit ou psychologie) et ne peuvent accueillir tous les candidats. Dans un baromètre publié en mars par L’Étudiant, 57 % des étudiants militent pour une sélection afin d’éviter à certains jeunes d’intégrer une filière pour laquelle ils n’ont pas les qualités nécessaires.

Le gouvernement a-t-il déjà essayé de réformer le système ?

En 1986, le projet de loi Devaquet, du nom du secrétaire d’État aux universités de l’époque, prône leur autonomie, introduit la variabilité des droits d’inscription, modifie la composition des conseils de direction et instaure une sélection à l’entrée. Le projet de loi présenté fin 1986 a été retiré après la mort d’un étudiant, Malik Oussékine, lors d’une manifestation contre la réforme.

Sans sélection, comment l’affectation des étudiants est-elle organisée ?

L’affectation des étudiants est décidée par un programme informatique mis en place en 2009 par le ministère de l’Éducation nationale : Admission Post-Bac (APB). Les futurs bacheliers formulent ainsi plusieurs vœux par ordre de préférence. L’association Droits des lycéens a obtenu en mai que les règles de fonctionnement du logiciel soient dévoilées. La priorité est donnée à ceux qui passent leur bac dans l’académie de la formation souhaitée, puis viennent ceux ayant placé la filière en premier vœu. Ceux qui restent sont choisis par tirage au sort. Ce système pénalise les étudiants qui souhaitent se réorienter.

Pourquoi une association tient-elle à obtenir l’algorithme du logiciel Admission Post-Bac ?

L’association Droits des lycéens pointe l’opacité de ce logiciel et le soupçonne d’organiser une sélection illégale. Libération a pu consulter les documents expliquant aux universités comment paramétrer le système APB : pour les formations aux places limitées, la plateforme leur propose une liste de critères qu’elles peuvent requérir. Certains sont classiques, comme le parcours demandé ou le lycée d’origine, d’autres sont plus étonnants, tels que le troisième prénom, le pays d’origine ou encore la situation de boursier de l’élève. Le ministère de l’Éducation a promis lundi de communiquer l’algorithme d’APB afin de clarifier ces rouages.

Quelles sont les exceptions à la non-sélection ?

En théorie, un étudiant peut passer de la première année de master (M1) à la seconde (M2) s’il a validé toutes les matières. Cependant, face à la pénurie de places, certains M2 ont durci les conditions et introduit des critères de sélection (dossier, entretien, etc.). Cette pratique illégale, mais tolérée, a fait l’objet de nombreux recours juridiques de la part d’étudiants recalés qui ont eu gain de cause. En février, le gouvernement s’est résolu à fixer par décret une liste de 1 307 masters autorisés à pratiquer une telle sélection.

Le gouvernement veut-il remettre en cause le principe de non-sélection ?

Le parti Les Républicains se montre favorable à la sélection à l’entrée de l’université comme au sein des masters. La ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem ne remet pas en cause la non-sélection à l’entrée de l’université, mais soutient désormais l’introduction de « critères de recrutement » en master « fondés sur la motivation, le niveau pédagogique et le projet de l’étudiant ».

Vers quels pays se tournent les étudiants bloqués dans le système français ?

Entre médecine, kiné ou art, nombreuses sont les filières dans lesquelles les places sont chères en France. Certains étudiants se tournent alors vers l’étranger : Roumanie, Belgique, Espagne, etc. Une directive européenne a instauré en 2005 la reconnaissance automatique des diplômes en médecine. Depuis 2013, souligne le Conseil national de l’Ordre des médecins, près d’un quart des nouveaux médecins qui s’installent chaque année en France ont un diplôme délivré par une université étrangère.