11 octobre 2016

Tout s'explique

Ouverture de la première « salle de shoot » de France

Comment ce lieu fonctionnera-t-il ?

La maire de Paris Anne Hidalgo et la ministre de la Santé Marisol Touraine ont visité ce matin la première « salle de consommation à moindre risque » (dite « salle de shoot ») à Paris, dont l’ouverture est prévue vendredi. Elle est installée dans un bâtiment de l’hôpital Lariboisière et possède une entrée discrète et autonome. Cet établissement a été choisi car il se trouve dans la plus importante zone de consommation de drogue de la capitale. Les toxicomanes, qui devront apporter leur propre drogue, y trouveront six compartiments particuliers et une salle d’inhalation. Du matériel stérile sera mis à disposition. Du personnel médical sera présent pour surveiller les doses et assurer un suivi psychologique. Jusqu’à 400 personnes par jour sont attendues lors des heures d’ouverture (de 13h30 à 20h30).

Quelle adaptation de la loi a été nécessaire ?

La création de cette salle, ainsi que celle qui ouvrira d’ici un mois à Strasbourg, est dans la continuité de la mise en vente libre des seringues en 1987, puis de l’introduction des traitements de substitution à l’héroïne en 1996. Le lancement de cet espace a été autorisé dans le cadre la loi Santé votée en 2015 qui crée une exception à la loi de 1970 pénalisant l’usage de stupéfiants [€]. Les toxicomanes détenant des produits pour leur seul usage et consommant des stupéfiants dans ces salles ne pourront être poursuivis pour usage et détention illicite. De même, les professionnels qui y interviennent ne pourront pas être poursuivis pour complicité. La loi précise que l’expérimentation ne pourra pas durer plus de six ans. Une nouvelle loi sera nécessaire pour pérenniser le dispositif.

Quel est le bilan des expérimentations à l’étranger ?

Il existe au moins 86 « salles de shoot » réparties dans sept pays européens (Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Suisse, Danemark, Norvège, Luxembourg). La Suisse a été la première à en faire l’expérimentation en 1986. Selon le ministère de la Santé helvète, les décès par overdose ont été divisés par deux entre 1991 et 2009. Pendant cette même période, on observe un recul de 80 % de la mortalité due au sida chez les toxicomanes. En revanche, la Fédération mondiale contre les drogues, une ONG, affirme que ces endroits incitent les dealers à installer leur trafic aux alentours.